03 juin 2009
Un homme qui dort
Le jour de ses examens de sociologie, le jeune homme est pris d'une grande langueur. Il contemple ses maigres possessions, rassemblées dans sa minuscule chambre de bonne. Il dort. Puis il erre dans la grande ville. Il se coupe de tous ses amis. Sans mettre de nom sur son état, il n'a plus goût à rien, il se laisse aller.
J'ai trouvé dans ce livre des similitudes troublantes avec un épisode de ma propre existence. Crise de l'entrée dans l'âge adulte, retour critique sur la voie qu'on suivait depuis un moment sans plus se poser de questions, "simple" angoisse existentielle banale dans le climat de violence sociale et de relégation subie par ma génération ? Ca ne m'a pas rassurée de découvrir que quelqu'un était passé par les mêmes affres (dans quelle mesure ce livre relate-t-il une expérience vécue ?) mais j'ai commencé à mieux accepter.
Atteindre le fond, cela ne veut rien dire. Ni le fond du désespoir, ni le fond de la haine, de la déchéance éthylique, de la solitude orgueilleuse. [...] Tu n'as rien appris, sinon que la solitude n'apprend rien, que l'indifférence n'apprend rien : c'était un leurre, une illusion fascinante et piégée. Tu étais seul et voilà tout et tu voulais te protéger ; qu'entre le monde et toi les ponts soient à jamais coupés. [p. 139-140]
Georges Perec, Un homme qui dort, Editions Denoël, 1967, "Folio", 144 pages.
Commentaires
Je crois que c'est la première fois que je vois un billet de blog sur Un homme qui dort ! Ca me fait plaisir, parce que j'aime beaucoup ce roman. Est-ce qu tu sais que Perec en a fait un film également ?
Non, je ne savais pas. Je ne suis pas sûre de pouvoir regarder ce film... J'ai plusieurs fans de Perec parmi mes connaissances et j'ai lu Les choses, La vie mode d'emploi, comme un peu tout le monde. Je suis bien tentée par La disparition, pour la performance !
Je n'ai pas lu l'Homme qui dort mais ton billet me rappelle le vertige éprouvé à la lecture de W ou le souvenir d'enfance ; je me représentais Perec comme l'homme de l'Oulipo, du jeu avec les mots, et je découvrais tout autre chose, quelque chose de très douloureux derrière les contraintes ludiques.
L'homme qui dort m'a totalement bouleversé!
Rose : Apparemment, c'était quelqu'un de torturé (psychothérapie, etc.)
Benebonnou : Moi aussi, mais il m'a mise mal à l'aise pour cette similarité avec une partie de mon parcours. J'ai du mal avec la mise en mots du néant.
J'adore Perec et c'est bien le seul auteur dont je peux dire que j'ai lu tous ses livres, thèse oblige, alors oui, ce livre est bien tiré d'une expérience réelle de Perec, mais sans doute n'est-ce pas le plus important. Contrairement à toi, c'est un livre que j'ai mis du temps à apprivoiser car justement il ne me parlait pas du tout,je le trouvais juste déprimant... et puis l'écriture de Perec...
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