12 mai 2008
Maison de poupée
Lettre I du Challenge ABC 2008
Cette pièce, écrite en 1879, est une véritable dénonciation du marché de dupes que constitue le mariage lorsque la femme, perpétuelle mineure, n'a aucune alternative entre l'autorité de son père et celle de son mari. Sous l'apparence idyllique d'un couple uni, on s'aperçoit bientôt du rôle que Nora est obligée de jouer en permanence devant sa famille. Pour tout le monde, elle est futile, frivole, un joli "étourneau" selon son mari, qui bougonne pour la forme quand il doit payer pour ses frasques mais est au fond ravi d'entretenir un ravissant bibelot, occupé tout entier à lui plaire.
L'irruption d'amis et de profiteurs en tout genre, à l'occasion de la promotion du mari, fait craqueler cette surface si lisse. Nora a du consentir à de lourds sacrifices pour maintenir le train de vie de la famille. Endettée, passible de poursuites judiciaires, elle prend peu à peu conscience de la farce qu'elle est en train de jouer. Tout occupée à remplir ses "devoirs les plus sacrés" envers son mari et ses enfants pendant toutes ces années, n'a-t-elle pas oublié qui elle était, elle, en tant que personne ?
Ma culture théâtrale est limitée ; je n'ai jamais rien vu ou lu d'Ibsen auparavant. Le thème de la pièce m'a bien sûr semblé intéressant, mais son traitement un peu trop "sec", impression que j'aimerais corriger en assistant à une de ses représentations.
Henrik Ibsen, Maison de poupée, Actes Sud, 1987, 85 pages.
02 février 2008
La Célestine
Lettre R du Challenge ABC 2008
Comédie tragique
de Calixte et Mélibée
écrite pour
blâmer les amoureux fous
qui vaincus par l'appétit désordonné
appellent Dieu leurs amies
et
prévenir contre la turpitude
des intermédiaires.
Cette pièce espagnole du XVe siècle est un classique du théâtre, sans cesse rejoué ; elle est à l'affiche en ce moment même à la Cartoucherie de Vincennes. Rien d'étonnant étant donné la truculence du texte et son étonnante actualité.
Calixte aime Mélibée ; celle-ci le repousse. Incapable de renoncer à obtenir ses faveurs, il se confie à son valet qui lui recommande une entremetteuse de talent. La Célestine, que tout le monde appelle "vieille putain", recoud les virginités aussi bien que les affections, usant tout autant de potions répugnantes que d'un bagout irrésistible. Elle entreprend de caser non seulement Calixte, mais aussi Sempronio et Parmenio, ses valets. Aucune pudeur ne semble pouvoir résister à sa force de persuasion.
Moi qui craignais de lire du théâtre dans une langue ancienne, j'ai apprécié le style étonnamment moderne, à moins que ce ne soit la traduction qui donne cette impression. J'ai retenu par exemple la pique : "ta grand-mère avec le singe" !
Le sexe est au coeur de tous les dialogues, célébré ou vilipendé, fui ou recherché. Et pas de fausse pudeur, les ébats sont décrit avec un luxe de détails. Aucune pulsion n'est étrangère à la vieille prostituée, qui prend plaisir à observer et encourager les parades nuptiales des jeunes gens autour d'elle. On échappe à la complaisance envers la prostitution par une véritable célébration de l'amour physique, à rebours des codes moraux de l'époque. Je suis maintenant plutôt tentée pour voir la pièce jouée sur scène !
Fernando de Rojas, La Célestine, Actes Sud-Papiers, 1989, 92 pages.
