08 août 2007
Working Jeanne
Ma vie sociale et professionnelle étant particulièrement fournie en ce moment, je passe une à deux fois par semaine dans une bibliothèque municipale. Depuis cet hiver, je prends chaque mois au passage le petit magazine "En vue" édité par la ville de Paris. C'est ici que j'ai fait connaissance avec Jeanne, à raison d'une planche à chaque fois.
Jeanne, drôle d'oiseau coiffé d'un chapeau avec un B bien en évidence, y est bibliothécaire stagiaire. Elle garde un air stoïque lorsque les pires calamités s'abattent sur elle : le courrier à trier, un gamin qui débranche une prise d'ordinateur, un CD rangé dans le mauvais boitier. La bibliothèque, c'est l'enfer sur terre, ce que je savais déjà.
Me voilà donc avide d'en savoir plus sur Chloé, l'auteure de ce personnage de BD. J'ai commencé par aller là, pour me familiariser avec les différentes incarnations de Jeanne :
Les hommes de Jeanne (2004)
Les saisons de Jeanne (2006)
Working Jeanne (2007)
Mais ce n'est qu'en traînant dans une librairie spécialisée dans le scolaire et les livres d'occasion que j'ai enfin compris que Jeanne... c'était moi ! C'était incroyable. Je tenais Working Jeanne, qui se lit en une demi-heure à peine, et je me demandais sérieusement si je n'avais pas une deuxième personnalité qui dessinait à ses heures perdues (or, s'il m'arrive de dessiner des visages beaucoup plus évocateurs que ceux de Chloé, ils n'ont aucune régularité et surtout je suis incapable de dessiner des corps, encore moins des décors... elle non plus, remarque).
La BD racontait donc mon histoire : une trop bonne élève dans une trop petite ville, de trop longue études poursuivies machinalement plutôt que par véritable vocation, des choix qui ne suscitent que l'incompréhension de l'entourage, des tentatives catastrophiques de s'insérer dans le monde de l'art, de la communication, de l'enseignement... Le tout avec des remarques très fines, une analyse intelligente des hésitations d'une jeune femme face à un monde du travail destructuré et un chômage un peu trop familier. Elle arrive à dessiner des visages stylisés au possible, qui se révèlent incroyablement expressifs (ou bien c'est moi qui recréait la situation pour la voir se parer de formes et de couleurs dans ma tête). L'humour est présent : chaque page récèle des définitions tordantes dans les notes de bas de page ; les scènes sont souvent décalées, absurdes (voir l'histoire du patron mordeur !). Et l'émotion vous rattrape au dernier moment, parce que Jeanne n'a quand même pas une vie follichonne.
Chloé, Working Jeanne, Michel Lagarde, 2007, 64 pages.
