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Je lis trop.

10 août 2009

Fendragon

fendragonDans les Pays d'Hiver, mieux vaut se couvrir de gros plaids quand arrive l'automne et savoir défendre chèrement sa peau contre les bandits qui infestent les forêts. Jenny Waynest, magicienne, sait aussi bien se servir d'un poignard que des charmes de guérison. Lorsque Gareth, l'héritier du trône, débarque pour rencontrer le grand Fendragon des légendes car un dragon a investi le fond d'Ylferdun, il est fraîchement accueilli. Le roi se soucie peu de ses terres les plus lointaines. Et, pour tout dire, le Fendragon a pris un coup de vieux et préfère s'occuper de ses porcs dans sa Place d'Alyn.

Lord Aversin le Fendragon, que Jenny appelle le plus souvent "John" sous la couette, est peu enclin à terrasser à nouveau une sale bestiole magique. Dans ses souvenirs, la tâche s'était révélée pénible, une vraie boucherie, rien à voir avec un geste glorieux à faire figurer dans les chansons. Pourtant, quelque chose convaint Jenny et John d'accompagner Gareth jusqu'à la cour de Bel. Ils y trouvent la vénéneuse Zyerne, maîtresse du roi et magicienne accomplie, bien plus puissante que Jenny, malgré son jeune âge. Avant de liquider le dragon, il leur faut subir les railleries de la cour. Le mystère s'épaissit, tandis que les gnomes, chassés du Fond, sont accusés de fomenter une révolte...

J'ai aimé dans ce livre les héros humains, faibles, touchants. L'intrigue est ramassée, bien menée en 350 pages. On y perd cependant en profondeur des personnages, dont la personnalité est réduite à quelques stéréotypes. La pauvre Zyerne est peu gâtée, de ce côté-là. J'ai trouvé dommage aussi de s'en tenir à une tension insoluble entre l'amour et le pouvoir pour Jenny, un problème trop souvent réservé aux héroïnes. Au final, voilà de la fantasy très classique, idéale pour servir d'introduction au genre, mais un peu frustrante pour une amatrice de trilogies et autres sagas interminables.

Avec soin, Jenny fit résonner quelques notes étranges, deux ou trois parfois, puis un strigendo léger comme un souffle d'air. Chaque note, dans son maintient, était individuelle, presque familière, envoûtante, semblable aux souvenirs à demi enfouis de l'enfance. Et, tout en jouant, Jenny répétait les noms : Teltrevir héliotrope ; Centhwevir bleu avec des noeuds d'or... cela faisait partie du savoir ancien, de même que la quête fiévreuse et opiniâtre de John, dans les courtes périodes que lui laissaient ses rudes devoirs de seigneur des Pays d'Hiver. Toutes ces notes et ces mots n'avaient plus de sens à présent, ils étaient comme les lignes d'une ballade perdue, comme les pages arrachées à la tragédie d'un dieu exilé, collées sur une fissure pour retenir le vent - autant d'échos de chants que nul n'entendrait plus. [p. 53-54]

Barbara Hambly, Fendragon, Editions du
Seuil, 2006, 361 pages [Dragonsbane, 1985].

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30 juillet 2008

A Feast for Crows

feast_for_crows

Toute fan de la série A Song of Ice and Fire, impatiente de lire la suite, a pris connaissance de l'embrouille : George R.R. Martin n'a pas réussi à écrire un quatrième tome dans les temps. Disposant d'un énorme manuscrit, il (sa maison d'édition ?) a décidé de publier deux tomes séparés à la place, A Feast for Crows puis A Dance with Dragons. Là où ça devient embêtant, c'est qu'il a sabré la moitié des personnages principaux auxquels on était habituée, et en a introduit de nouveaux...

J'ai bien aimé les nouveaux points de vue féminins de personnages qu'on a déjà rencontrés sans savoir ce qu'ils pensaient vraiment, notamment  Brienne et Cersei. L'occasion de confirmer que Brienne est sûrement la seule sur le continent à défendre honnêtement les valeurs de la chevalerie, tandis que Cersei, désormais régente du royaume, est vicieuse et folle à lier, torturée par une prédiction sinistre. Des deux jumeaux Lannister, ce n'était pas Jaime le tortionnaire, il n'agissait que par faiblesse ("The things I do  for love !"). Par contre, le manque des chapitres Daenerys et Tyrion s'est fait sentir ; c'est là que je me suis rendue compte que c'étaient mes personnages préférés !

Il faut en plus se farcir deux nouvelles régions, avec divers prétendants au trône, cour, coucheries en tout genre. Du côté des Iles de Fer, une région de durs à cuire vénérant la mer, la mort du roi Balon provoque des remous dans la succession, surtout lorsque sa fille Asha entend se porter candidate, au vif mécontentement de ses oncles. Autre dilemme du côté de Dorne (désert, épices, amours lascives), où la famille royale crie vengeance suite à la mort, pourtant parfaitement légale, d'Oberyn aux mains de Gregor Clegane.

J'ai trouvé davantage de remplissage dans ce livre que dans les précédents. Les chapitres Sam et Sansa sont particulièrement fastidieux ; trente pages pour décrire la descente des Eyries à dos de mulet, non ! Parmi les autres défauts qui pourraient devenir gênant, les scènes de sexe avec lesbiennes à gros seins se multiplient ; de manière générale, il y a pas mal de descriptions de poitrines généreuses, ce qui m'a fâcheusement rappelé les derniers tomes de la série Wheel of Time.  Il ne faudrait pas que Martin tourne mal à la Robert Jordan, ça serait pathétique... Avec tout ça, je reste ma faim et je me languis de la suite.

George R. R. Martin, A Feast for Crows, Bantam Spectra, 2005, 976 pages.

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20 juillet 2008

A Storm of Swords

storm_of_swordsJe continue ma relecture de A Song of Ice and Fire, en attendant la sortie incertaine du cinquième tome...

Dans ce tome 3, l'intrigue prend de l'ampleur, les scènes d'anthologie  s'enchaînent et une bonne partie des personnages évolue. La première surprise est l'apparition de chapitres "Jaime", où l'on entre dans les pensées du régicide pour la première fois, après l'avoir maintes fois entendu décrit comme un pervers psychopathe. Le talent de l'auteur est de réussir à nous émouvoir sur le sort d'un affreux méchant... qui ne l'est plus vraiment, du coup.

L'histoire prend une dimension véritablement épique. On commence à mesurer la force colossale des dragons de Daenerys, encore en pleine croissance. La jeune exilée mûrit elle aussi pour devenir une reine impitoyable, quoique dotée d'un sens de la justice et de doutes normaux pour une fille de son âge (quinze-seize ans !). La scène où elle se constitue son armée est un grand moment. De l'autre côté du monde, géants et mammouths parcourent le Nord, les wildings se rassemblent pour passer au-delà du Mur, fuyant l'armée de morts-vivants surgissant des étendues glacées.

Les enfants de la famille Stark poursuivent cahin-caha leurs aventures éprouvantes, aucun d'entre eux ne semblant destiné à survivre bien longtemps. Les personnages parcourent le pays en tous sens sans jamais croiser les bonnes personnes. Les hasards malheureux mènent certains à leur perte, d'autres paient pour les choix stratégiques faits plus tôt. Il est difficile d'imaginer la suite de l'histoire, qui prend des détours inattendus.

Dans une recherche de réalisme, rien ne nous est épargné des réalités physiques, à un point lassant. Il y a plusieurs passages douloureux, où on ressent vraiment la souffrance des personnages. Après avoir créé plusieurs personnages de salopards détestables, l'auteur se livre à un jeu de massacre assez jouissif.

1128 pages, quand même, c'est long, et l'écriture de Martin ne permet pas d'éviter la lassitude. Des phrases qui reviennent trop souvent ont fini par me sortir par les yeux, telles le "you know nothing, John Snow" d'Ygritte ou le "Hodor" d'Hodor (le seul mot qu'il connaisse). Le monde décrit est très incomplet puisqu'il ne montre que la cour et les soldats, pas le reste de la population. Je trouve enfin qu'il y a bien cent pages de trop ; le livre aurait été plus puissant s'il s'était arrêté à la bataille du Mur, au lieu de nous embarquer dans les intrigues de l'élection du nouveau Lord Commander.

George R. R. Martin, A Storm of Swords, Bentam Spectra, 2000, 1128 pages.

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17 février 2008

Le Dragon de feu

dragonfeuEt me voilà en train de dévorer le deuxième tome de la série "Reine de Mémoire", sans même avoir l'impression de me couper du monde pour venir à bout de ces 600 pages ! Tout à fait surprenant pour une intrigue somme toute pépère et une rédaction au présent de l'indicatif qui me crispait un peu au début. Il y a quelque chose dans le style d'Elisabeth Vonarburg, très fluide, qui fait de ses romans un véritable enchantement.

L'histoire avance cependant pas mal. Les jumeaux Pierrino et Senso, puis leur cadette Jiliane, atteignent enfin l'adolescence par une progression insensible (le temps est bien géré dans le livre). Apparaissent donc les premiers émois amoureux, les orientations professionnelles, la distance au moins intellectuelle prise par rapport aux souhaits familiaux. On appréciera au passage la façon intelligente de traiter l'homosexualité, celle dont les jeunes sont amenés à gagner en autonomie, qui donnent à ce monde des allures de société utopique pour ma part !

Pour autant, ce n'est pas un monde si pacifique qu'il n'y semble. On prend conscience de l'importance du secret, qui pèse à tous les niveaux : familial, avec tous ces non-dits sur les ancêtres qui commencent à peine à se dissiper ; politique avec les allusions au curieux Edit de silence promulgué par la Reine folle quelques décennies plus tôt, effaçant purement et simplement un continent entier des mémoires.

On découvre d'ailleurs mieux l'Emorie, mythique pays des dragons, par l'intermédiaire des aventures de Gilles, qui prennent une place croissante. Dans ses tentatives de retrouver son Talent éradiqué, il va mener une véritable quête des origines de la magie sans s'en apercevoir aussitôt. Ses tribulations résonnent de façon troublante avec certaines particularités de la famille Garance. Quand les deux histoires se rapprochent, on en vient à douter du caractère complètement humain des ses trois derniers rejetons.

Et pourquoi donc la couverture du livre montre un dragon d'eau alors que le titre en est Le Dragon de feu ? Vous le saurez en lisant le deuxième tome de la série "Reine de Mémoire" !

Elisabeth Vonarburg, Le Dragon de feu, Editions Alire, 2006, 623 pages.

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07 février 2008

A Clash of Kings

clashofkingsUne comète sanglante est apparue dans le ciel, annonciatrice de gloire, de massacres ou de spiritualité. Chaque personnage détient sa propre version et se sent investi d'une prophétie, et ce n'est pas l'auteur qui tranchera dans un sens ou dans un autre... du moins, pas pour l'instant. L'intrigue déjà bien complexe du premier tome d'A Song of Ice and Fire, A Game of Thrones, enroule quelques noeuds supplémentaires, tandis que les prétendants au trône surgissent comme des lapins d'un chapeau. Mais des lapins en armure, prêts à tout raser sur leur passage.

On suit toujours les périples de la famille Stark. Arya poursuit son parcours chaotique, petite crevette pas si inoffensive qu'il n'y paraît. Sansa continue à découvrir à la dure que la vie, c'est pas comme dans les chansons. Malgré le caractère insupportable de son personnage, Martin parvient à nous émouvoir sur son sort et à nous faire espérer qu'elle va s'en sortir en un seul morceau. Jon découvre le monde du Nord, derrière le Mur, et il s'y trame des événements qui pourraient bien rendre anecdotiques les guerres fratricides du Sud. Robb joue au roi et remporte bataille sur bataille, mais pour combien de temps ?

Ce qui m'a le plus fascinée, toutefois, c'est le destin de Daenerys. Partie de rien, petite chose frêle à la merci de son frère sérieusement dérangé, elle se sert du destin qu'on lui a imposé pour s'affirmer comme une reine puissante et terrible. Dans la société Dothraki, aux accents orientaux, elle dépoussière le thème classique de la femme aux dragons ; elle est potentiellement la "méchante" de l'histoire, du point de vue des habitants de Westeros.

On découvre un peu plus la magie, plus vicieuse et impitoyable que dans d'autres mondes de fantasy. Quand tous les coups sont permis, les valeurs de chevalerie font joli sur le papier mais ne sont pas vraiment pratiquées dans les faits. J'aime beaucoup cet univers cynique, tellement réaliste. Une certaine complaisance envers la prostitution me gêne, cela dit, mais je connais déjà la suite et je ricane sur la naïveté de certain personnage. Il n'y a pas grand chose à jeter dans cette série, dont seule la longueur des tomes peut s'avérer indigeste. Mieux vaut ne pas essayer de tout lire  à la suite !

George R. R. Martin, A Clash of Kings, Bantam Spectra, 2005.969 pages.

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28 janvier 2008

La Maison d'Oubli

maisondoubliPremier volume d'une pentalogie fantasy, la Maison d'Oubli est un roman initiatique subtil et mystérieux. Les jumeaux Senso et Pierrino, âgés de sept ans, vivent dans la maison de leurs grands-parents avec leur petite soeur Jiliane. Leur quotidien paisible apparaît bientôt traversé de forces obscures.

Inséparables, les trois enfants souffrent le martyre lorsqu'ils sont physiquement éloignés les uns des autres plus de quelques minutes. Jiliane, à trois ans, ne parle pas. Elle ne prononce aucun son, tout en saisissant tout ce qui se passe autour d'elle et en communiquant à sa manière avec sa famille. Si les trois enfants sont aussi liés, c'est parce que leurs parents sont morts en s'inquiétant pour eux ; un fil d'or invisible les garde ensemble et les protège. La grand-mère évite ses petits enfants. Elle vit seule dans une aile de la maison, ils lui disent simplement bonsoir avant d'aller se coucher.

Tous ces détails donnent à penser que la famille Garance n'est pas tout à fait comme les autres. L'univers n'est pas celui qu'on croit, non plus. L'action se situe dans la ville d'Aurepas, inspirée des jolies villes du Sud-Ouest français. Nous sommes en 1789, mais ça ne se ressent pas trop. Il est question de religion, la géminite, basée sur l'harmonie entre Sophia et Jésus, les jumeaux complémentaires. Ce souci d'équité transparaît à chaque instant sous la plume d'Elisabeth Vonarburg, qui instaure un féminisme naturel, évident, qui se passe de démonstration lourde. J'apprécie ainsi énormément de lire au détour d'une phrase : "madame Marquès la notairesse, en compagnie de son époux", le genre de détails qui changent tout !

On rentre dans l'histoire par une première énigme, quand les enfants aperçoivent une fenêtre sur la façade de la maison, qui n'a jamais existé avant et qui ne correspond à aucune pièce de la bâtisse. Malins, ils interrogent domestiques et précepteur, dont les allusions laissent deviner que la maison est hantée. La découverte d'une carte magique, représentant un pays inconnu, qui provoque des sensations étranges quand on la pique d'un instrument, finit de persuader les enfants  que quelqu'un cherche à leur faire passer un message. Pendant ce temps, Jiliane ne parle toujours pas, mais elle rêve. D'un lointain ancêtre qui, contrairement à eux, était talenté, et dont les études de magie l'ont mené en des territoires dont il ne vaut mieux pas prononcer le nom...

Au bout de près de 700 pages qu'on ne voit pas défiler, le mystère s'est à peine éclairci, les enfants ont un peu grandi, l'univers s'est complexifié avec l'explication des grands conflits religieux, notamment avec les christiens. J'ai très envie de lire la suite, avec l'espoir que les héros auront un peu plus vieilli, ayant du mal à m'intéresser sérieusement à des personnages de moins de douze ans !

Elisabeth Vonarburg, La Maison d'Oubli, Editions Alire, 2005, 688 pages.

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02 novembre 2007

A Game of Thrones

gameofthronesQuatre ans plus tard, je relis les premiers tomes de la saga A Song of Ice and Fire, en attendant la sortie du prochain tome. J'en gardais un souvenir ébloui, je craignais un peu la déception, vu que depuis j'ai élargi ma connaissance du style fantasy. Mais rien à faire, A Game of Thrones continue à surpasser le gros de la production !

On entre dans l'histoire par la famille Stark, la lignée austère du Nord, dont le direwolf est l'emblème (traduit par "loup-garou" dans la version française). Chaque court chapitre s'intitule du prénom d'un des personnages, apportant une vision très différente selon l'âge et le statut du héros. On s'attache très vite et, pourtant, aucun n'est dénué d'égoïsme ou de mesquinerie, peut commettre de grosses injustices. Chacun suit donc sa logique et cela n'en rend l'intrigue que plus solide.

On apprend que la paix dans le royaume ne date que d'une quinzaine d'années, au moment de l'éviction du roi fou Aerys Targaryen. Suite à la mort douteuse de sa Main, le roi actuel Robert Baratheon demande à son vieil ami Eddard Stark de le remplacer. Cette offre généreuse va avoir des conséquences inattendues sur la famille Stark, au moment où des créatures menaçantes se rassemblent derrière le Mur tout au Nord, là où s'arrête le monde civilisé...

Le monde décrit est assez réaliste. Il s'agit d'une société féodale avec un roi à la tête du royaume mais des seigneurs puissants dans chaque région, dont l'allégeance n'a rien de systématique. L'intrigue tourne d'ailleurs autour des différentes prétentions au trône de fer, bardé d'épées, héritage de la lignée des Targaryen, les chevaliers dragons au yeux violets et aux cheveux argentés.

Les moeurs sont d'époque, aussi, avec une violence toujours prête à éclater sous un mince vernis de valeurs chevaleresques. Chez Martin, on est adulte à treize ans et revenu de tout à quatorze. C'est une vision vraisemblable du Moyen-âge, où l'enfance et l'adolescence n'existaient pas à proprement parler ; les enfants étaient considérés comme des adultes de petite taille. Ici, même un garçon impotent de huit ans doit accomplir ses devoirs de maître d'une grande maison si les circonstances l'exigent.

Comme la plupart des auteurs du genre, Martin décrit une société extrêmement patriarcale. Mais nulle indulgence sous sa plume, le pouvoir et la domination font l'objet d'une critique virulente et on ne peut guère l'accuser de nostalgie du passé. Les héros qu'il privilégie sont les laissés pour compte, les plus à même de ressentir toute l'injustice du monde : le dernier rejeton nain d'une grande maison, l'héritière déchue vendue comme une jument par un frère ambitieux, le bâtard obligé de renoncer à toute vie sociale pour ne pas faire tâche dans le paysage, la petite fille dépourvue de grâce obligée d'apprendre des manières de dame alors qu'elle ne rêve que de duels à l'épée. L'auteur leur permet de prendre leur revanche sur la vie mais la roue tourne toujours de manière spectaculaire chez Martin et il se montre particulièrement cruel avec ses personnages. Il faut éviter de trop s'attacher à eux, parce qu'une bonne partie est destinée à mourir en cours de route.

On tourne les pages de ce gros livre avec une fébrilité grandissante, allant de surprise en surprise. Le style est vivant, un peu trop sensationnel par moments (Martin a été scénariste de séries télé). Connaissant déjà la trame des trois premiers tomes, je suis à même d'apprécier les notes d'humour noir qui parsèment le texte ; les rêves d'un bon nombre de personnages sont destinés à être foulés aux pieds. Martin parvient à créer un monde complexe, sensuel et malsain, peuplé de psychopathes en puissance. C'est cette folie et cette démesure qui en font une lecture aussi palpitante.

George R. R. Martin, A Game of Thrones, Bantam Spectra, 2005, 807 pages.

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25 juillet 2007

Harry Potter and the Deathly Hallows

hp7C'est un événement international, on en bave d'envie depuis des mois, la tension monte... Enfin, les premières tonnes de Harry Potter and the Deathly Hallows sont en vente ! Et, déjà, sites Internet et journaux d'information divulguent des spoilers, fin comprise. Je suis scandalisée, je n'ose plus écouter la radio. C'est que j'ai pris l'habitude d'attendre la sortie française en poche pour acheter les livres de JK Rowling ; ils prennent bien assez de place comme ça. Mais pour ça, il faut attendre un an et demi. Vais-je céder à la tentation ?... Oui. Comme Harry, j'éprouve une attirance immodérée pour les actes prohibés. Je me procure un fichier d'une manière répréhensible (en fait, je m'en procure plusieurs, certains prouvant rapidement leur origine douteuse). Je commence à lire un premier chapitre qui me paraît ressembler fort à celui du livre. Je coupe le téléphone et me lance, en espérant ne pas me tromper...

Verdict : c'est du bon boulot, mais il ne faut pas oublier que la série s'adresse avant tout à des enfants, ce qui réduit l'amplitude du projet.

HP7 est sans nul doute un véritable bonheur pour les fans. Il offre l'occasion de revoir une bonne partie des personnages rencontrés depuis le début de la série, avec son lot d'émotions. Chaque lieu parcouru exhale la nostalgie du temps passé, tandis qu'on le visite avec un regard différent et un but bien précis.

Ce dernier volume est nettement moins scolaire que les précédents, à savoir que Poudlard n'en constitue pas la scène principale. L'habituel humour potache qui baignait les cours de magie en est donc absent, avec ses potions qui tournent mal et ses énumérations de créatures loufoques.

Comme on pouvait s'y attendre, le septième tome tourne rapidement à une grande chasse au trésor (de la mooort). L'intrigue semble tout d'abord plus soulever de nouveaux mystères qu'elle ne résoud les anciens. Les dangers ténébreux enserrent les héros dès les premiers chapitres. Les premiers morts tombent (au total, il y en aura beaucoup plus que les deux annoncés).

Harry n'a jamais semblé aussi démuni face à des dangers insurmontables. La magie noire atteint des sommets d'horreur, prenant les héros par surprise malgré toutes leurs précautions. Même en sachant que la quête allait être difficile, on se prend à douter de leurs chances de réussite, voire de survie tout court.

C'est véritablement l'entrée dans l'âge adulte. Harry commence à questionner le jugement des personnes qui l'entourent. L'image de la personne qu'il idolâtre le plus au monde, Dumbledore lui-même, menace de se fissurer. Ayant atteint l'âge de la majorité, il devient libre de ses actes et assume des choix difficiles. Ici, JK Rowling sait prendre un ton pédagogique pour expliquer de grands thèmes moraux aux enfants (c'est aussi le but de la littérature jeunesse). Il est question d'honneur, de sacrifice, de loyauté, de courage, de la nécessité de sortir de l'adolescence. J'ai noté encore une fois les valeurs ultra classiques, patriarcales véhiculées avec mariage traditionnel, la mariée au bras de son père, mères de famille spécialistes de sorts ménagers, familles nombreuses pour tous les couples. Dans l'ensemble, pas de quoi choquer dans les rayons jeunesse et une nette tendance aux bons sentiments dégoulinants sur la fin.

Une fin ténébreuse à souhait, qui vérifie mes hypothèses post HP6, même si je l'aurais préférée encore plus sombre. En fait, certains thèmes avaient tellement été rebattus dans certains forums que les voir couchés sur le papier apparaissait de l'ordre de l'évidence. Certaines scènes étaient exactement comme je les avais imaginées ; j'ai versé une larme sur l'un des personnages. Le destin de quelques uns d'entre eux est d'une tristesse insondable.

JK Rowling, Harry Potter and the Deathly Hallows, Bloomsbury, 2007, 608 pages.

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