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Je lis trop.

15 décembre 2008

The Bewitchments of Love and Hate

bewitchmentsMalgré ma nature profondément placide et pacifique (mais si !), je n'ai pu retenir un : "Ah ! enfin un peu d'action !" lorsque j'ai lu l'accroche de la quatrième de couverture de ce deuxième tome : "The Wraeththu At War !".

J'en ai été pour mes frais, car l'ambiance reste sensiblement la même que dans The Enchantments of Flesh and Spirit : beaux éphèbes hermaphrodites s'accouplant les uns aux autres sur un vague fond de magie. Sans prendre aux tripes, loin de là, c'est toujours aussi élégamment raconté. J'ai même trouvé l'histoire mieux construite, évitant de s'emmêler les pinceaux dans des noms de clans à n'en plus finir. Cela vient du fait que nous suivons l'éducation de Swift, le premier "har" véritable (terme équivalant à femme ou homme pour les êtres Wraeththu), né de l'union de deux créatures harmaphrodites, et non d'un humain transformé. Protégé par les murs de Forever, son foyer, et par les charmes subtils déployés par son géniteur, le mélodramatique Cobweb, Swift grandit avec très peu de connaissances sur le monde qui l'entoure. La déchéance des humains, l'opposition qui s'envenime entre les clans Wraeththu des Varrs, dont il fait partie, et des Gelaming, l'intéressent moins que la lente maturation de ses hormones.

I learned how quickly the eath takes back what humankind had taken from her. Buildings like empty skulls could be seen amid riotous growths of weed and grass. A field of corn surged unchecked across the neglected yard of a farm. We passed a crossroads where something hung crucified, its legs hugged by clinging vines, white flowers booming among the rays of its rotted belly. Cal was quite impressed by that sight. When the wind blew form the south, we could smell magic, the hairs on the backs of our necks would rise and we would be filled with dread and joy. Overall, the countryside seemed deserted. [p. 211]

S'attendre à beaucoup d'introspection par des jeunes et beaux hara qui passent leur temps à "aruner" comme des lapins, plutôt qu'à des scènes d'action trépidantes ! De belles pages sur le désir, complètement affranchi de la morale humaine.

Storm Constantine, The Bewitchments of Love and Hate, 1988.

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30 octobre 2008

The Enchantments of Flesh and Spirit

enchantmentsJ'ai découvert Storm Constantine il y a quelques années, avec les envoûtants Enterrer l'ombre et Exhumer l'ombre. Le reste de son œuvre n'a pas été traduit et n'a guère eu de retentissement en France. Pourtant, c'est par la trilogie Wraeththu qu'elle s'est d'abord faite connaître. J'étais très intriguée par cette histoire d'une race hermaphrodite venant supplanter la race humaine.

Le style est d'emblée élégant, fascinant. On lit en fait les mémoires de Pellaz qui, au début de l'histoire, n'est qu'un adolescent insignifiant travaillant dans la ferme de ses parents, dans une contrée désertique peu hospitalière. La population est inquiète, suite à des rumeurs sur des bandes de jeunes hommes saccageant les villes. Lorsque le beau Cal demande l'hospitalité de la famille pour une nuit, Pellaz tombe sous son charme. Il s'enfuit avec lui, ignorant tout de ce qui l'attend.

Cal (Calanthe) le conduit dans la ville nouvelle de Saltrock, peuplée de créatures aussi captivantes que lui. Pellaz sent bien qu'il n'est pas traité sur le même pied que les autres, même si tous admirent de loin sa perfection physique. C'est enfin le jour de son initiation ; il va comprendre la vraie nature de ses compagnons. Les Wraeththus ne sont ni mâles, ni femelles, même si seuls des hommes peuvent être initiés. L'aruna est leur grande affaire, ce que les humains appellent "sexe" ou "amour". L'union de deux Wraeththus est un maelstrom de sensations, de sentiments ; c'est la source de leur magie. Malgré les grandes satisfactions que lui procure sa nouvelle vie, Pellaz s'interroge sans cesse sur la signification de cette mutation. Avec Cal, il se lance dans un voyage vers Immanion, la grande cité, où il espère trouver des réponses.

Je reste un peu mitigée après cette lecture. L'intrigue est à l'image des personnages, belle mais creuse. Difficile de voir les Wraeththus comme des hermaphrodites, quand ils sont issus d'humains mâles et sont désignées par "ils". Ce problème est d'ailleurs soulevé par un personnage féminin, qui trouve cela très injuste.  Surtout, on peine à prendre ces créatures au sérieux, uniquement considérées selon leur apparence physique, conversant sur leurs sentiments, à la recherche d'unions éphémères. Tout ça est très adolescent, en fait ! Je vais lire le deuxième tome, mais j'espère que l'histoire va devenir un peu plus consistante.

Storm Constantine, The Enchantments of Flesh and Spirit, 1987.

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08 juillet 2008

Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants

petit_dictionnaireLes parents de Zhuang, âgée de 23 ans, veulent qu'elle passe une année à Londres pour parfaire son Anglais et les aider à mieux gérer leur entreprise de chaussures. Zhuang n'en a pas trop envie, mais obtempère et doit s'adapter à la vie londonienne avec une connaissance très approximative de la langue. Le roman est écrit dans une sorte de traduction littérale du chinois en anglais (en français pour cette édition, donc), rendant de nombreux passages à la fois loufoques et poétiques.

Toujours pareil : les gens rient chaque fois quand j'ouvre la bouche.
"Miss Zh-u-ang, vous devez apprendre à distinguer le sujet je du complément d'objet moi."
Mais je ne comprends rien son anglais de la reine.
Alors j'ai deux moi ? Mrs Margaret dit qu'il y a le sujet je et l'objet je. Pourtant je suis un seul je. Ou alors Mrs Margaret pense la réincarnation ou la vie dans l'au-delà.
Aussi, je dérange les mots quand je parle. Les Chinois commencent la phrase par les concepts de temps et lieu. L'ordre est ainsi :
"L'automne dernier sur la Grande Muraille nous mangeons le barbecue."
Le temps et l'espace sont plus grands que le petit humain dans notre pays. C'est différent de la phrase anglaise, quand "je" ou "Jake" ou "Mary" sont toujours premiers, comme s'ils sont la chose la mieux importante. [p. 34]

Sa rencontre avec un artiste sans le sou va accélérer sa maîtrise du vocabulaire. Il faut dire que Zhuang est une jeune femme très pudique, à qui on a souvent répété qu'elle était laide avec son physique de paysanne. Elle fait donc son éducation sexuelle sur le tas, avec un monsieur très déroutant pour elle, végétarien, proche de la nature (des trucs de pauvres, de ratés pour la chinoise ambitieuse), plutôt attiré par les hommes que par les femmes. Le couple tente de cohabiter, avec beaucoup d'incompréhensions mutuelles, une bonne dose de tendresse et l'insatiable curiosité de Zhuang qui note tous les mots nouveaux et les cherche frénétiquement dans son dictionnaire.

Faussement naïve, l'héroïne cherche à tout connaître de la vie occidentale, des pubs aux peep-shows de Soho. Foncièrement traditionnelle, elle souhaite se marier, s'offusque que son amant lui suggère de partager les frais de leurs sorties, ne comprend pas le besoin d'"intimité" de celui-ci. A travers le langage, c'est à une jolie confrontation des deux civilisations qu'on assiste.

Xiaolu Guo, Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants, Buchet/Chastel,
2008, 330 pages (A Concise Chinese-English Dictionary for Lovers, 2007).

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01 mars 2008

Venus erotica

venuseroticaLettre N du Challenge ABC 2008

Surtout connue pour son Journal en plusieurs volumes, Anaïs Nin a également publié ces nouvelles érotiques, commande d'un collectionneur qu'elle réalise pendant une période de vaches maigres (c'est du moins la version qu'elle donne ; il semblerait que son oeuvre autobiographique tienne plus de la fiction que d'autre chose). Le commanditaire insiste sur le côté purement physique des scènes de sexe, ce qu'elle trouve réducteur.

Pourtant, les nouvelles ne se limitent pas à des accouplements et racontent toujours une histoire, un morceau de vie. Les textes sont sensuels et crus, jamais vulgaires. Les héroïnes sont toujours de belles jeunes femmes emportées par des désirs impérieux.

C'est au théâtre que j'ai rencontré John et que j'ai découvert, pour la première fois, le pouvoir d'une voix. Cette voix se déversa sur moi comme les sons d'une flûte, me faisant vibrer. Lorsqu'il répéta mon nom, en le prononçant mal, cela me fit l'effet d'une caresse. Il avait la voix la plus profonde et la plus riche que j'aie jamais entendue. Je pouvais à peine le regarder. Je savais que ses yeux étaient immenses, d'un bleu intense, magnétique, qu'il était grand, plutôt nerveux. Son pied s'agitait nerveusement comme celui d'un cheval de course. J'avais l'impression que sa présence annihilait tout le reste - le théâtre, mon ami assis à ma droite. Il se comportait comme si je l'avais enchanté, hypnotisé. Il continuait à parler, sans me quitter des yeux, mais je n'écoutais pas. Tout à coup, j'avais cessé d'être une jeune fille. Dès qu'il ouvrait la bouche, je me sentais comme happée dans une spirale vertigineuse, tombant dans les filets d'une voix merveilleuse. C'était une véritable drogue. Et lorsqu'il m'eut "volée", selon ses propres termes, il appela un taxi.
Nous ne nous sommes pas dit un seul mot jusqu'à son appartement. Il ne m'a pas touchée. Il n'en avait pas besoin. Sa présence m'avait tellement bouleversée que j'avais l'impression qu'il m'avait longuement caressée. [p. 56]

Certes, j'ai trouvé quelques clichés fâcheux sur les "femelles", le désir de viol, la prostitution, et je me sens moyennement excitée par les incursions du côté des perversions (zoophilie, nécrophilie, inceste). Le milieu dépeint est principalement celui de la bohème parisienne, avec les configurations étranges entre Elena, Bijou et leurs amants et amantes de passage, qui occupent une bonne partie de l'ouvrage.

Par terre, une grande fourrure blanche. Toutes les trois s'y laissèrent tomber ensemble, frottant leurs corps l'un contre l'autre pour se retrouver seins contre seins, ventre contre ventre. Elles avaient cessé d'être trois corps. Elles devaient bouche, doigts, langues et sens. Leurs bouches cherchaient une autre bouche, un sein, un clitoris. Corps enchevêtrés, bougeant très lentement. Elles embrassaient jusqu'à ce que le baiser devienne une torture, que le corps s'agite. Leurs mains trouvaient toujours la chair qui cédait sous leurs doigts, un orifice. La fourrure sur laquelle elles étaient allongées dégageait une odeur animale, qui se mélangeait à celle de leurs sexes. [p. 135]

Au-delà de cet aspect "érotisme exotique", propre à exciter les vieux libertins, il y a une justesse dans l'analyse des sentiments et même du contexte social. Ainsi la fin de la délicieuse histoire de Madeleine, vendeuse de magasin, qui vit une passion entrecoupée avec un autre employé pendant les quelques minutes précédant la fermeture : "Il l'appela de nouveau mademoiselle, et elle l'appela monsieur. Il finit même par trouver qu'elle faisait mal son métier et elle quitta le magasin." [p.145]

J'ai été très sensible à la sensualité d'une bonne partie des nouvelles, lisant Venus Erotica dans le métro d'un air innocent, la couverture soigneusement couverte, le pouls battant un peu plus vite aux passage les plus chauds ! Mais je trouve dommage ce catalogue de perversions, au lieu d'une exploration plus fouillée des relations entre deux amants, comme avec Elena et Pierre.

Anaïs Nin, Vénus Erotica, Editions Stock, 1978, 249 pages.

Posté par canthilde à 12:27 - Historiettes - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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