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Je lis trop.

19 septembre 2008

Quatrevingt-treize

93Lettre H du Challenge ABC 2008

Etant donné mes grosses lacunes en histoire, je comptais sur ce roman pour me rafraîchir les idées sur la Révolution française. De Victor Hugo, j'ai lu Notre Dame de Paris il y a une bonne dizaine d'années, et n'en garde que quelques scènes en tête. Rien ne me préparait au style de ce roman qui, d'emblée, m'a semblé ampoulé, trop travaillé, artificiel. Chaque phrase, brève, était une maxime jetée à la tête de la lectrice. J'ai failli laissé tomber, avant de me dire qu'un style emphatique valait mieux que pas de style du tout, défaut que j'ai trouvé dans certaines de mes lectures récentes. J'ai donc persévéré.

Si l'histoire porte bien sur la Révolution, elle se concentre sur une courte période précédant la Terreur, en traitant principalement de la résistance en Vendée. Le marquis de Lantenac mène avec panache l'insurrection royaliste. Des milliers de paysans, connaissant la région comme leur poche, combattent farouchement l'armée républicaine. Lors d'une grosse engueulade, Robespierre, Danton et Marat prennent conscience du problème et envoient Cimourdain pour galvaniser les troupes. C'est son ancien élève, Gauvain, qui tente d'écraser les royalistes, son gros problème étant sa parenté avec Lantenac...

Ce qu'on ne peut pas reprocher à Hugo, c'est d'avoir privilégié un point de vue au détriment de l'autre. On comprend les motivations de chaque camp et on est bien embêtée lorsqu'il faut trancher à la fin. Le marquis de Lantenac a vraiment fière allure, même s'il considère son titre de noblesse comme une preuve de valeur personnelle et n'hésite pas à fusiller femmes et enfants. Les révolutionnaires, de leur côté, sont animés d'un but louable, d'autant que le système féodal n'était pas vraiment défendable.

Par contre, j'ai trouvé très lourd le symbolisme appuyé de bien des scènes. La "mater dolorosa" cherchant ses trois enfants perdus dans la campagne, l'affrontement sans merci de l'oncle et du neveu... Et ce style, qui m'a complètement assommée ! Cette lecture m'a donc laissé une impression mitigée ; pas sûr que je sois tentée par Les Misérables de sitôt !

Victor Hugo, Quatrevingt-treize, Flammarion,
2002, 438 pages (première édition en 1874).

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11 mai 2008

L'Oeuvre au noir

oeuvre_au_noirLettre Y du Challenge ABC 2008

Médecin, alchimiste, philosophe, Zénon est un personnage complexe qui traverse le XVIe siècle en observateur. Le Bruges de l'époque n'est guère propice aux questionnements scientifiques. L'obscurantisme religieux règne, la Réforme suscite de féroces persécutions. Le jeune homme ne songe qu'à parcourir les routes pour perfectionner son apprentissage.

La première moitié de ce roman est extrêmement agréable à lire, offrant des tableaux vivants de la vie de l'époque, à travers divers membres de l'entourage du héros. La deuxième partie est plus difficile, elle se centre sur Zénon, devenu de plus en plus sceptique, austère. Le livre se transforme en vibrant plaidoyer pour la liberté de penser, gagnant en profondeur ce qu'il perd en séduction.

En un sens, tout était magie : magie la science des herbes et des métaux qui permettait au médecin d'influencer la maladie et le malade ; magique la maladie elle-même, qui s'impose au corps comme une possession dont celui-ci parfois ne veut pas guérir ; magique le pouvoir des sons aigus ou graves qui agitent l'âme ou au contraire l'apaisent ; magique surtout la virulente puissance des mots presque toujours plus forts que les choses et qui explique à leur sujet les assertions du Sepher Yetsira, pour ne pas dire de l'Evangile selon saint Jean. Le prestige qui entoure les princes et se dégage des cérémonies d'église était magie, et magie les noirs échafauds et les tambours lugubres des exécutions qui fascinent et terrifient les badauds encore plus que les victimes. Magiques enfin l'amour, et la haine, qui impriment dans nos cerveaux l'image d'un être par lequel nous consentons à nous laisser hanter. [p. 309]

Marguerite Yourcenar, L'Oeuvre au noir, Editions Gallimard, 1968, 362 pages.

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24 avril 2008

Semper Augustus

semper_augustusEn l'honneur de la Fête des Tulipes de Saint Denis, qui a eu lieu le week-end dernier, je me suis plongée dans la lecture du beau roman d'Olivier Bleys, un auteur dont j'ai récemment entendu parler.

Il nous permet de suivre la famille de Cornelis Van Deruick, commerçant peu prospère du Haarlem des années 1630, aux Pays-Bas. Dans l'espoir de faire fortune, il embarque pour le Brésil en laissant la maison familiale sous la responsabilité de son fils aîné, Wilhem. Celui-ci ne va pas tarder à tomber sous de mauvaises influences...

Dans un style volontairement désuet, qui m'a un peu gênée au début, l'intrigue aborde un épisode historique réel, la "tulipomanie", qui vit naître les premières opérations spéculatives. On assiste à des scènes orgiaques dans les tavernes, où les bulbes de tulipes sont vendues aux enchères pour des sommes défiant l'imagination. Une étrange folie entoure ces fleurs encore inconnues peu de temps auparavant, dont les marchands s'arrachent les spécimens les plus bigarrés.

"Vois-tu, Wilhem..., reprit Paulus un ton plus bas. La Semper Augustus n'est pas seulement la première des tulipes, éclipsant en beauté toutes les autres, elle est aussi la plus riche et l'emporte en valeur !
- A quoi ressemble-t-elle, pour qu'on la désire tant ?
- C'est une sorte de
Rosen, mais combien plus raffinée ! A l'endroit où la fleur se joint à la tige, elle est d'un bleu uni. Puis la corolle s'arrondissant prend diverses nuances : tantôt un blanc pur, tantôt un jaune pâle moucheté de carmin. Elle est flammée du bas jusqu'en haut, de fines mèches rouge sang qui jaillissent du foyer des six pétales et s'élèvent en serpentant. Une splendeur !" [p.231]

A travers l'illusion d'enrichissement rapide à portée de tous, les puissants assoient leur domination en profitant de la naïveté des ambitieux moins fortunés, qui risquent tout simplement leur vie dans ces spéculations qui les dépassent. Le personnage de Wilhem offre ainsi un portrait ambigu de personnage faible, aux prises avec un bienfaiteur aux motivations bien peu louables.

Un roman long juste comme il faut, à l'intrigue très bien construite, qui sait dénoncer avec élégance les grandes injustices de ce monde en revenant aux fondations du capitalisme. L'auteur me semble sympathique et il a déjà une oeuvre conséquente derrière lui ; on peut consulter ici son blog très végétal.

Olivier Bleys, Semper Augustus, Editions Gallimard, 2007, 335 pages.

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05 avril 2008

Le Grand Livre

grandlivreParticulièrement emballée par Sans parler du chien, j'étais curieuse de lire les premières aventures spatio-temporelles de l'équipe de Dunworthy. Ce livre-là n'est pas aussi réussi, il lui manque l'humour et une construction plus rigoureuse. Il reste intéressant pour sa description réaliste du Moyen Age.

Au XXIe siècle, l'historienne Kivrin Engle s'apprête à effectuer le premier saut au Moyen Age, poussée par son directeur d'études du Médiéval, l'ambitieux Gilchrist. Son collègue Dunworthy se montre soucieux, de par la classification du Moyen Age sur l'échelle des risques. Mais Kivrin est déterminée, elle a appris la langue de l'époque, la traite des vaches et a tissé ses propres vêtements à l'ancienne. Le choix de 1320, une époque dépourvue de troubles, réduit considérablement les risques, si elle parvient à échapper aux brigands et aux bûchers de sorcières.

Le titre désigne l'enregistrement oral de la mission, effectué par Kivrin au moyen d'un implant sur le poignet. Elle le choisit en référence au Grand Livre cadastral, ayant permis à Guillaume le Conquérant de calculer les impôts dus par ses métayers, qui est devenu pour les historiens une chronique de la vie médiévale.

Evidemment, rien ne se passera comme prévu, ni pour Kivrin, ni pour Dunworthy. Le chaos frappera aux deux époques devant nos héros impuissants.

J'ai apprécié la description réaliste et détaillée du Moyen Age, loin du sensationnel. J'ai moins accroché aux méandres administratifs d'une université en crise, dans un contexte de pandémie. On s'y perd parfois dans la masse des personnages qui passent en coup de vent ; un reproche que j'ai déjà lu à propos de Passages, son dernier roman. Certains portraits de vieilles filles ou de mères possessives virent à la caricature. On voit bien à la fin que Connie Willis maîtrise parfaitement l'intrigue, que certains détails évoqués au début s'avèreront cruciaux pour sa résolution, mais on a l'impression qu'elle est menée laborieusement.

Connie Willis, Le Grand Livre, Editions J'ai lu,
1994, 703 pages (The Doomsday Book, 1992).

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12 mars 2008

Sans parler du chien

sansparlerduchienDéfi Le Nom de la Rose : l'animal

Surdité passagère, sentimentalisme dégoulinant, fixation sur des détails insignifiants, tels sont les effets d'un déphasage temporel pour quiconque abuse des voyages dans le passé. La plupart des historiens réquisitionnés par la terrible Lady Schrapnell en sont atteints au dernier degré. Mais c'est pour la bonne cause : elle a entrepris de reconstruire la cathédrale de Coventry, détruite par un bombardement en 1940, dans l'Oxford du XXIe siècle. A quelques jours de l'inauguration, personne n'a encore réussi à mettre la main sur la potiche de l'évêque, ornement censé apporter la touche finale à la reconstitution !

Le héros de cette histoire, Ned Henry, est un jeune historien suffisamment déphasé pour que son directeur lui ordonne de prendre des vacances. Le choix de l'Angleterre de 1888 regorge de promesses d'oisiveté béate. C'est sans compter sur la faute professionnelle d'une de ses collègues, qui a provoqué une sérieuse incongruité spatio-temporelle.

Si j'ai trouvé que le roman mettait un certain temps à démarrer, c'est un véritable feu d'artifice dès que l'action se met en marche ! Nous sommes plongées au coeur de la société victorienne, dans ses détails les plus absurdes : sens esthétique discutable, passion pour le spiritisme, niaiseries et bêtifications en tous genre des jeunes filles élevées comme des fleurs de serre. Ned Henry devra apprendre le fonctionnement d'un essuie-plume et d'un chat. Il découvrira également l'effet irrésistible d'une moustache et d'un canotier sur la libido féminine.

L'extrait suivant vous mettra tout de suite dans l'ambiance :

La jeune femme me chargea.
- Princesse Arjumand ! Ma Juju ! Tu es revenue à maman !
La chatte était si impatiente de retrouver sa maîtresse qu'il fallut l'arracher à ma chemise une griffe après l'autre, mais je pus finalement la remettre à Tossie qui la comprima contre sa poitrine en libérant des chapelets de petits cris de joie.
- O monsieur St. Trewes ! roucoula-t-elle à Terence. Vous m'avez rapporté ma chère, très chère Juju !
Elle frotta son nez contre le museau de cette chère, très chère Juju.
- A s'était perdue dans le noir, ma Juju ? A n'avait eu très peur ? Mais le gentil monsieur à l'avait retrouvée. Dis merci au gentil monsieur, ma Juju.
Cyril renifla de mépris et même la "très chère Juju" parut saisie de dégoût. Eh bien, voilà qui règle la question, me dis-je. Terence va se ressaisir, nous pourrons regagner Oxford, cette écervelée épousera monsieur C. et le continnum pourra se refaire une santé. (p. 197-198]

Bref, nous baignons dans l'absurde et l'humour le plus farfelu, pour notre plus grand plaisir. L'autrice rend un hommage appuyé à Wodehouse et au Three Men in a Boat de Jerome K. Jerome, le tout intégré dans une intrigue de science-fiction basée sur les paradoxes temporels qui se tient parfaitement. Connie Willis n'a pas volé ses prix Hugo et Locus en 1999 et j'ai bien envie de lire ses autres romans, dont certains exploitent le même thème des voyages dans le temps... Au fait, le chien en question est un bouledogue très sensible répondant au doux nom de Cyril.

Connie Willis, Sans parler du chien, Editions J'ai lu,
2000, 535 pages (To Say Nothing of the Dog, 1997).

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10 mars 2008

Ambre

ambreDéfi Le Nom de la Rose : la couleur

Jetant son manteau, elle courut à la fenêtre regarder dans la rue, du haut des deux étages. Un groupe de jeunes garçons avaient fait un feu et y rôtissaient des morceaux de viande, en dérision du Parlement croupion : la voix des hommes qui chantaient toujours en bas traversait faiblement les murs épais.
- Oh ! Londres ! Londres ! s'écria-t-elle d'une voix passionnée. Comme je t'aime !
Bruce sourit, enleva son chapeau et, s'approchant d'elle par derrière, lui passa le bras autour de la taille :
- Vous tombez facilement amoureuse !
Comme elle se retournait vivement vers lui, il ajouta :
- Londres dévore les jeunes filles, vous savez !
- Pas moi ! affirma-t-elle trimphalement. Je n'ai pas peur ! [p. 68-69]

Sur près de 900 pages, ne décrivant que quelques années, Ambre nous conte le parcours d'une jeune femme bien décidée à faire oublier sa naissance obscure par sa beauté et son pouvoir de séduction. Dans l'Angleterre du XVIIe siècle, une ambitieuse sans fortune n'a pas trente-six moyens de percer dans la société. Ou, du moins, l'autrice préfère s'attacher aux manoeuvres des coquettes sans scrupules plutôt qu'aux masses laborieuses. La littérature a toujours aimé ce genre de personnages : Moll Flanders, Vanity Fair, Nana, Les beaux mariages, La rose pourpre et le lys...

C'est le genre de roman qu'on dévore avec plaisir, sans trop se poser de questions. Cela dit, on apprend au passage des éléments d'histoire, avec la fin de Cromwell, le retour de Charles II au pouvoir, les guerres et épidémies ravageant Londres à l'occasion, mais ces informations restent anecdotiques, simple décor des péripéties de la vie d'Ambre. On passe d'une alcôve à une autre en survolant de très hauts les événements politiques et culturels de l'époque. J'aurais aimé en savoir davantage, par exemple, sur le milieu du théâtre, dans le contexte de l'arrivée des premières femmes sur les planches, un sujet qui aurait mérité autre chose que des combats de tigresses jalouses dans les coulisses ! L'idée d'insérer des chapitres sur la vie à la cour est intéressante, bien que, là aussi, on ne sorte guère des aventures galantes du roi.

En fait, le roman fait 300 pages de trop. L'intérêt pour l'héroïne s'émousse une fois qu'on a compris qu'elle est capable de tout. La seule chose qui pourrait encore nous surprendre à son sujet, serait qu'elle entre au couvent... La véritable héroïne ne serait-elle pas la ville de Londres, des taudis où s'entassent bandits et prostituées, aux luxueuses réceptions de la cour royale, en passant par les appartements des actrices entretenues, ou les maisons austères des familles puritaines ? Sans oublier les bas-fonds crasseux des prisons et les rues transformées en charniers par la peste. Un voyage étourdissant, chaque étape de la vie d'Ambre étant décrit en quelques dizaines de pages.

En dernière analyse, ce livre constitue indirectement un excellent plaidoyer pour le travail rémunéré des femmes, leur garantissant l'indépendance matérielle et, par là-même, des rapports non pervertis avec les hommes. Comment envier à Ambre ses nombreux succès amoureux quand ils ont un tel goût de cendres, quand sa vie intérieure est si pauvre et obsessionnelle ?

Kathleen Winsor, Ambre, Editions Phébus,
1994, 888 pages (Forever Amber, 1944).

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07 décembre 2007

Des anges et des insectes

anges_insectesJ'ignorais, en entamant ce livre, qu'il se composait de deux histoires, dont seule la première avait inspiré le film du même nom. "Morpho Eugenia" conte la curieuse tournure prise par la vie d'un entomologiste explorateur, de retour en Angleterre après un naufrage. Ambiance feutrée de manoir anglais, relations en apparence très policées, sensualité peinant à percer derrière les conventions... L'auteure se livre ici à une véritable exploration de l'inconscient victorien : les jeunes filles, la symbolique du mariage, le progrès de la rationalité sur les explications mystiques du monde. La vie de la maisonnée est mise en parallèle avec les sociétés d'insectes, à travers le regard quasi anthropologique du héros. A l'instar d'une fourmi mâle ailée après le vol nuptial, la question de son utilité ne tarde pas à se poser...

J'ai trouvé le style admirable. L'histoire m'a captivée même si, une dizaine d'années après la sortie du film au cinéma, je me souvenais assez clairement de l'intrigue. Il n'y a guère que le conte "Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles sont" qui m'a semblé longuet, malgré sa place centrale dans la résolution de l'énigme qui se pose au héros.

"L'ange conjugal" m'a prise par surprise. Même s'il existe un lien ténu avec l'un des personnages du récit précédent, il s'agit d'un tout autre univers. On est cette fois plongée dans les séances de spiritisme dune petite communauté bizarre, dont l'exaltation peut être mise sur le compte de la frustration sexuelle. On visite un autre pan de l'imaginaire, celui de la mort qui vient largement frapper les familles et vient hanter les vivants écrasés de regrets. Une pincée de fantastique (bien que d'après moi, tout peut s'expliquer par une bonne psychanalyse), beaucoup de poésie, des dialogues burlesques, le texte n'est pas aussi accrocheur que le premier mais mérite qu'on s'y attarde. Il contient en germe une bonne partie des thématiques de Possession.

A.S. Byatt, Des anges et des insectes, Flammarion, 1995, 320 pages.

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04 octobre 2007

Possession

possessionRoland Michell, pauvre thésard dont le couple s'effiloche, sent qu'il est sur le point de faire une découverte capitale lorsqu'il retrouve le brouillon d'une lettre galante dans les papiers du poète victorien Ash. Connu pour sa paisible vie domestique, celui-ci aurait-il vécu une passion secrète ?

Rassemblant les indices avec une autre chercheuse, la très hautaine Maud Bailey, Roland devra visiter quelques manoirs, parlementer avec les descendants méfiants d'une poétesse lyrique, remettre en question sa vocation et la tournure désastreuse prise par sa vie sentimentale.

Le texte n'est pas linéaire. Entrecoupé d'extraits de journaux, de poèmes grandiloquents et d'analyses post-modernes (ici, Byatt rend ces écrits inventés crédibles, tout en distillant une pointe d'ironie dans ces genres stéréotypés), il nous plonge aussi bien dans les conflits universitaires de la fin du XXe siècle que dans la vie conventionnelle de l'Angleterre du XIXe siècle.

L'auteure souligne avec sensibilité la difficulté pour les femmes de vivre librement, affranchies du destin d'épouses et mères, au prix d'une tension personnelle parfois fatales pour leur épanouissement. Il me semble qu'elle pose de bonnes questions sur la moindre valeur accordée aux productions artistiques féminines, l'auto-dépréciation dont se rendent victimes ces femmes au lieu d'affirmer leur talent. Les différentes histoires d'amour qui se répondent d'une époque à l'autre n'ont rien de simpliste et ne constituent pas la quête unique des personnages.

Après Le conte du biographe, je suis une nouvelle fois enchantée par l'écriture d'A. S. Byatt, dont l'univers se révèle cohérent, au point d'être parfois répétitif, tant certains thèmes lui tiennent à coeur. Ces deux livres sont décidément très proches et je suis curieuse de lire les autres pour vérifier si elle creuse les mêmes sujets ou se renouvelle totalement au fil du temps.

A.S. Byatt, Possession, Flammarion, 1993, 508 Pages
(lauréate du Booker Prize en 1990).

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18 septembre 2007

The Lady and the Unicorn

lady_and_unicornEntre le Paris des maisons bourgeoises fortunées et le Bruxelles des austères artisans du XVe siècle, Tracy Chevalier s'attache à dérouler le fil des idées inspirées par une oeuvre d'art. Après la Jeune fille à la perle, son imagination s'exerce cette fois sur les célèbres tapisseries de la Dame à la Licorne.

Elle décrit très précisément les étapes de la confection du bel objet : la commande par un notable soucieux avant tout de conforter sa position sociale, les premières ébauches puis la peinture définitive par un artiste, les négociations avec les tapissiers qui pensent en termes de coût des matières premières, la transposition des peintures en dessins à l'envers propres à être reproduits sur le métier à tisser, le lent travail de tissage puis de couture dont seul le résultat final est visible.

Autour de cette création délicate, s'affrontent des personnages aux désirs tumultueux, se débattant contre les conventions de l'époque. On voit les femmes flouées par ce que leur famille considère comme leur destin, qui est bien souvent de servir de monnaie d'échange entre deux commerces par le mariage. L'auteure ne cherche pas à enjoliver leur morne existence et tente de montrer les choses de manière réaliste, une constante chez elle.

J'ai adoré, comme dans ses livres précédents, les minitieuses descriptions du métier des artisans, indiquant de sérieuses recherches historiques. J'ai moins apprécié le côté par trop intimiste de l'intrigue, qui se concentre sur l'intérieur des foyers alors qu'on aimerait en savoir plus sur la cour du roi ou les guildes d'artisans. Un défaut bien actuel... Mais à présent, j'espère voir très bientôt les tapisseries de mes propres yeux au musée de Cluny [une description détaillée ici, où j'ai emprunté la photo].

licdam21

Tracy Chevalier, The Lady and the Unicorn, HarperCollins, 2003, 290 pages.

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