02 juin 2009
Le début de la fin
J'ai terminé le cinquième et dernier tome de la série Thursday Next ! Dans ce tome, Thursday est pourvue de trois enfants en bonne santé, si ce n'est que l'aîné passe le plus clair de son temps, qu'il est censé sauver, en position amibe sous la couette. La couverture de notre héroïne est d'être vendeuse de moquette mais elle travaille toujours en cachette à la Jurifiction, formant ses propres clones littéraires, fort peu qualifiées, au métier. L'oncle Mycroft réapparaît en tant que fantôme pour livrer une information essentielle qu'il a oubliée, la mort aidant. Thursday a les Danverclones aux trousses, à savoir une
armée de gouvernantes quinquagénaires revêches, inspirées de la Mrs
Danvers de Rebecca, de Daphne du Maurier. Et ce, dans un contexte où la lecture est en chute libre et où les classiques sont en passe d'être recyclés en émissions de télé-réalité.
Que de trouvailles ! J'ai bien envie de remercier Jasper Fforde pour les fous rires qu'il m'a occasionnés. C'est tellement rare les livres à la fois hilarants et pas bêtes... Or, la série m'a impressionnée à différents niveaux depuis le début :
- une héroïne forte, futée, qui ne craint pas le ridicule ;
- un humour détonant, aussi bien dans les situations décrites, les tournures de phrases, les dialogues décapants ;
- des paradoxes temporels de tellement haute volée qu'ils m'ont donnée le vertige à plusieurs reprises. La Chronogarde va jusqu'à remettre en cause le temps lui-même. Le moindre des paradoxes n'est pas que, parfois, les voyages dans le temps ne provoquent aucune modification. C'est ainsi que Thursday peut se souvenir de son père, même éradiqué, revenant régulièrement à un âge différent, mort sous ses yeux dans le passé...
- un discours hautement critique sur le système politique et les médias, à travers des systèmes trop absurdes pour ne pas nous rappeler le contexte actuel ;
- des passages de purs délires, que j'ai relus plusieurs fois en me tordant de rire. Pour le plaisir, voici un exemple se référant à l'activité à haut risque de trafic de fromage de Thursday :
Nous progressions toujours par paliers. Je m'étais positionnée sur le marché du fromage instable, et quand je dis instable, ce n'est pas au marché que je pense, mais bien au fromage lui-même.
Owen opina et me désigna un fromage mordoré veiné de rouge.
- Dolgellau marbré force quatre, c'est un 9,5. Dix-huit années de maturation à Blaenafon, et pas pour les mauviettes. Excellent avec des crackers, mais on s'en sert également pour repousser les putois en rut.
J'en pris audacieusement un gros morceau que je posai sur ma langue. Le goût était extraordinaire ; je pouvais presque voir les monts Cambriens à travers la pluie, le ciel bas, les torrents exubérants et les falaises de calcaire, les éboulis glaciaires et...
- Vous allez bien ? dit Millon quand j'ouvris enfin les yeux. Vous avez perdu un instant connaissance.
- C'est de la bombe, pas vrai ? dit aimablement Owen. Buvez un verre d'eau. [p. 193]
J'en oublie presque l'argument principal de la série, à savoir les voyages aventureux au cœur des livres. Pour le coup, je trouve que l'idée n'a pas été suffisamment exploitée, le monde de la fiction offrant des possibilités de parcours encore plus folles que ce qui nous est montré. A part Hamlet, peu de personnages s'offrent une bonne virée dans le monde réel. Comme je l'ai déjà dit, le travail au sein de la Jurifiction m'a parfois semblé lourd, une succession de petites virées gratuites d'un intérêt variable. Mais l''humour décalé, la loufoquerie, l'entrain qui se dégage de cette série l'emportent sur ces petites faiblesses.
Jasper Fforde, Le début de la fin, Fleuve Noir, 2008, 498 p.
30 mars 2009
Tom Jones
Henry Fielding était un petit farceur. Si, dans sa dédicace à l'honorable George Lyttleton, il déclare : "I hope my reader will be convinced, at his very entrance on this work, that he will find in the whole course of it nothing prejudicial to the cause of religion and virtue, nothing inconsistent with the strictest rules of decency, nor which can offend even the chastest eye in the perusal", le livre a pourtant provoqué un scandale dès son apparition en 1749, et a continué à faire des remous jusqu'au XIXe siècle.
Il faut dire que bâtardises, luxure et combats de femmes à seins nus ne faisaient pas précisément dans la dentelle. Si la morale est sauve à la fin, le héros se rend coupable de bien des péchés au cours du roman. Mais l'auteur ne cherche qu'à peindre la nature humaine, et ne peut donc être tenu responsable des turpitudes qu'il ne fait que constater en ce bas monde.
Il prend le prétexte d'un roman d'apprentissage pour délivrer une critique acerbe de l'hypocrisie morale de son époque. Le héros est un enfant trouvé, fruit probable d'amours illicites, que tout le village met sur le dos de Mr Allworthy, qui décide de l'élever comme son fils. Toute la partie sur l'éducation du jeune Tom est une charge contre les valeurs de la bonne société, à travers les personnages impossibles de ses tuteurs, Mr Square le philosophe et Mr Thwackum l'homme d'église. Aucun ne fait preuve de beaucoup de sagesse ni de piété, poussé dans ses derniers retranchements... Pour tout dire, Tom est considéré comme un piètre individu du fait de ses origines honteuses, alors que le neveu légitime de Mr Allworthy, Mr Blifil, est encensé, aussi mesquins que puissent être ses faits et gestes comparés à la grandeur d'âme de Tom (quelque peu diminuée par l'impétuosité de la jeunesse, il est vrai).
Mais voici que les premiers penchants amoureux apparaissent chez le héros, et avec eux le personnage de l'adorable Sophia. Un personnage typique de femme idéale, pour l'époque, belle, douce, sensible, discrète, peu portée sur la contradiction... Un délicieux stratagème amoureux facilite la déclaration des sentiments par l'intermédiaire d'un manchon et d'une servante bavarde. Mais la bêtise et l'aveuglement sont de la partie, les amoureux doivent se séparer. Chassé par son bienfaiteur, Tom commence son périple à travers la verte campagne.
Ici, l'inspiration picaresque de l'auteur apparaît clairement. On retrouve le style narratif de Don Quichotte, surtout avec l'apparition de Partridge, compagnon de voyage plutôt encombrant. Nos deux voyageurs connaissent des mésaventures peu glorieuses dans les auberges, faisant des rencontres les poussant (lentement) dans la voie de la sagesse, notamment la rencontre de l'homme sur la colline. J'avais abandonné à ce moment-là lors de ma première tentative, il y a cinq ou six ans, me sentant peu d'affinité avec le héros aux trop nombreuses imperfections. Celui-ci, bien qu'amoureux et poussant maints soupirs, n'en a pas moins un solide coup de fourchette. Il ne dedaigne jamais une occasion amoureuse, ce qui lui arrive souvent, les femmes le trouvant irrésistible. Sophia, pendant ce temps, brode chastement des mouchoirs...
A la relecture, j'ai beaucoup aimé l'ironie de l'auteur. La structure du roman m'a amusée, avec une préface pour chaque chapitre, où l'auteur exprime ses opinions sur la philosophie, la morale, la religion. Ses remarques sur l'art de la fiction nous mettent au coeur du processus de création. L'auteur s'adresse directement à nous pour nous présenter son travail de construction de l'intrigue, des personnages. Les dialogues sont très vivants. J'ai adoré les disputes entre Mr Western et sa belle-soeur, avec cette réplique qui tue qui, j'ignore au juste pourquoi, m'a provoqué un fou rire à chaque fois : "I'm no rat !"
C'est un roman truculent, l'équivalent littéraire des tableaux de William Hogarth (comme sur la couverture), auquel Fielding fait souvent allusion.
"You will pardon me," cries Jones; "but I have always imagined that there is in this very work you mention as great variety as in all the rest; for, besides the difference of inclination, customs and climates have, I am told, introduced the utmost diversity into human nature."
"Very little indeed," answered the other: "those who travel in order to acquaint themselves with the different manners of men might spare themselves much pains by going to a carnival at Venice; for there they will see at once all which they can discover in the several courts of Europe. The same hypocrisy, the same fraud; in short, the same follies and vices dressed in different habits. In Spain, these are equipped with much gravity; and in Italy, with vast splendor. In France, a knave is dressed like a fop; and in the northern countries, like a sloven. But human nature is everywhere the same, everywhere the object of detestation and scorn. [p. 405]
Henry Fielding, Tom Jones, Penguin Popular Classics, 1994, 854 pages.
29 janvier 2009
Le plus beau cochon du monde
Lettre W du Challenge ABC 2009
Voici un roman absolument désopilant, que je mourrais d'envie de lire depuis un moment. Pas seulement parce que le titre fait référence à un animal de la race porcine, du plus bel effet dans un challenge ABCtiaire, surtout pour une lettre pas forcément facile à trouver. Mais aussi parce qu'un paquet de bloggeuses parlaient avec enthousiasme de Wodehouse, en essuyant une larme d'hilarité du coin de la manche.
On a bien droit ici à un concentré d'humour anglais. L'auteur est un forcené des blagues nazes sur les bords, des situations grotesques, des rapprochements incongrus entre personnages caractériels. On rit beaucoup, même quand c'est lourd ; et c'est souvent lourd.
L'intrigue est enchevêtrée au possible. Il en ressort, principalement, que lord Clarence Emsworth est un mordu de cochons, ne quittant jamais son manuel de Whiffle dédié à leur élevage. Il bichonne (ou plutôt, fait bichonner, car c'est un vrai lord, et lunatique avec ça) son Impératrice de Blandings, championne deux années de suite dans la catégorie des cochons gras au concours agricole du Shropshire.
L'impératrice vivait dans un coquet petit chalet, non loin du jardin potager, et quand Lord Emsworth atteignit son antichambre, elle était occupée, comme chaque fois d'ailleurs qu'on la prenait à l'improviste, à emmagasiner dans sa large panse ces cinquante-sept mille huit cent calories dont Mr Whiffle parle tant. Monica Simmons, qui s'occupait des porcs, lui avait octroyé une abondante ration de farines d'orge, de maïs, de lin, de pommes de terre et de petit lait, et l'Impératrice plongeait et fouillait dans son auge d'une façon propre à faire naître la plus vive confiance dans le coeur de ses admirateurs et amis. [p. 1025-1026]
Campagne anglaise, ton univers impitoyable... En face de lui, son rival et hélas voisin, sir Gregory "Bouboule" Parsloe, et sa remarquable Reine de Matchingham. Persuadés que l'autre est prêt à tout pour remporter le concours, ils vont commettre l'irréparable (ou plutôt, faire commettre, car ce sont des gentlemen).
Les principaux personnages sont stéréotypés au possible, victimes de passions funestes et de déceptions amoureuses mal digérées. Tout s'emboîte parfaitement pour un vrai festival de quiproquos et de scènes outrées. Pourtant, le plus grand romantisme règne et l'amour, le grand amour triomphe toujours... de manière inespérée.
On a ici affaire à l'un des derniers romans de Wodehouse, déjà auteur de la série Jeeves, et on sent une grande maîtrise de l'intrigue et des dialogues. Les rouages sont bien huilés, l'humour efficace, au détriment d'une quelconque profondeur des personnages (quoique... Bouboule est assez touchant en véritable coeur d'artichaut). Au programme, donc, femmes délurées et débrouillardes, baronnets obèses et maîtres d'hôtel alcooliques, et des cochons dans tous les coins.
Il n'est pas facile de dire ex abrupto quelle est la dernière chose qu'un jeune homme, à l'aube de sa vie, peut désirer trouver dans une villa meublée dont il s'apprête à prendre possession. Des punaises ? Peut-être. Des cafards ? C'est possible. Des fuites d'eau ? Peut-être aussi. Mais un beau gros cochon noir, installé au milieu de la cuisine, pourrait sans nul doute être considéré comme la première chose à inscrire sur la liste des objets indésirables. Jerry, en contemplant la Reine de Matchingham, éprouva la même impression désagréable que les gens qui, s'arrêtant au milieu d'une voie ferrée pour renouer leur chaussure, reçoivent l'express de Cornouailles dans le bas du dos. [p. 1173]
P.G. Wodehouse, Le plus beau cochon du monde,
Omnibus, 1997 (Pigs Have Wings, 1952).
23 novembre 2008
Sauvez Hamlet !
Enfin de retour dans le monde réel ! Il était temps, parce que je commençais à m'ennuyer ferme dans la Jurifiction, la police du monde des livres, dans lequel s'embourbait Thursday Next depuis deux tomes. Elle aussi en a marre, courir après le Minotaure à travers des romans fantasy, ça va un temps, mais elle a un fils de deux ans à éduquer un minimum, sans parler d'un mari éradiqué à détuer à l'occasion. Bref, elle rentre à Swindon, pour reprendre son poste chez les OpSpecs.
Là, je dois dire que j'ai adoré ce quatrième tome, que je place au même niveau que le premier. Pourtant, il est aussi déroutant que les autres livres de Jasper Fforde, avec son scénario fantaisiste, ses blagues un peu nazes, mais aussi un humour très fin par moment, avec des allusions drôlatiques à la littérature. Cette fois, Thursday se retrouve avec Hamlet sur les bras, échappé de sa pièce. Rien de grave à ce qu'un prince danois arpente les rues de Swindon et dragouille l'invitée d'honneur de Madame Next, me direz-vous. Sauf que les autres personnages en profitent pour avoir le beau rôle dans la pièce, ce qui aboutit à une mutation littéraire désormais désignée par le titre Les joyeuses commères d'Elseneur, et une perte immense pour la culture. Mais ceci n'est que le moindre des problèmes de notre héroïne. Ne parlons pas du dodo sanguinaire, du match des Maillets de Swindon contre les tapettes de Reading, d'une accusation de traffic de fromage, des hybrides en liberté, de la réincarnation de St Zvlkx, de la tueuse à gage, de l'élection de Yorrick Paine et, accessoirement, de l'apocalypse qui risque de transformer la terre en "tas de cendres radioactives"...
- Alors, qu'est-ce qui a fusionné avec Hamlet ?
- Ca s'appelle maintenant Les Joyeuses Commères d'Elseneur, et on y voit Gertrude se faire courser autour du château par Falstaff tout en se faisant semer par Mistress Page, Ford et Ophélie. Laerte est le roi des fées, et Hamlet est relégué à un petit rôle de seize lignes où il accuse le Dr Caius et Fenton d'avoir conspiré l'assassinat de son père pour sept cents livres sterling.
Je poussai un gémissement.
- Et ça ressemble à quoi ?
- Le temps que ça devienne drôle, tout le monde meurt. [p. 206]
J'aime beaucoup ce que Jasper Fforde a fait de son héroïne. La maternité ne l'a pas du tout assagie, bien au contraire ! Elle n'hésite pas à bastonner des individus patibulaires d'une main tout en tenant son fils de l'autre, en pensant à le retourner "pour éviter de semer la graine de la violence dans son jeune esprit". J'aime encore plus ce qui apparaît comme la critique du pouvoir totalitaire la plus percutante depuis Harry Potter et les reliques de la mort, avec la main-mise de l'énorme groupe Goliath et son dictateur aussi subtil qu'un personnage de série B (normal, c'en est un), qui décide d'adopter un mode de gestion par la foi. Sous la bonne humeur, une critique au vitriol de la société du spectacle, avec la désignation soudaine des Danois comme boucs émissaires, que les médias se mettent à accuser de tous les maux, ou encore l'émission "Questions directes à esquiver", où les deux invités font assaut de mauvaise foi et ont recours aux bébés animaux comme argument ultime. Malgré les apparences, un roman décidément très ancré dans la réalité ! L'auteur a bien redressé la barre et j'espère bientôt lire Le Début de la fin, dernier tome de la série.
Jasper Fforde, Sauvez Hamlet !, Fleuve Noir,
2007, 487 pages (Something Rotten, 2004).
01 octobre 2008
Les Ames mortes
Lettre G du Challenge ABC 2008
Un personnage louche parcourt la Russie en vue de conclure un marché avec les propriétaires fonciers. Il se propose d'acheter les morts et les fugitifs sur leur liste de serfs, les déchargeant du même coup de l'obligation de payer les taxes pour eux jusqu'au prochain recensement. "Nous passerons seulement pour la forme un contrat entre nous, comme s'il s'agissait de vivants." [p. 395]
Ce louable (?) dessein reste longtemps obscur. Le héros, Tchitchikov, est un bon bonimenteur. Il lui répugne d'exposer clairement ses intentions, se lançant dans de longs dialogues absurdes et très drôles pour convaincre le propriétaire de lui céder ses "âmes mortes". Le système russe paraît bien complexe et l'avantage que compte tirer Tchitchikov de ses transactions bien nébuleux. On se doute qu'il cherchera à réaliser un profit par une opération douteuse, bénéficiant pour le moment du prestige d'être à la tête de plusieurs millieurs d'âmes, et courtisé en tant que tel par les notables locaux.
La première partie des Ames mortes est d'une drôlerie irrésistible. Gogol ambitionnait d'écrire le Don Quichotte russe, ce qu'évoquent très bien les calamiteux serviteurs Pétrouchka et Séliphane, et la petite britchka à ressorts qui transporte Tchitchikov de village en village. Sa plume féroce dévoile les petitesses de chacun, l'arriération des campagnes, le snobisme régnant dans le beau monde. L'auteur balance entre l'amour et la haine pour son pays, avec un grand sens de la dérision :
La ville avait à peine disparu que déjà se déroulait des deux côtés de la route le monotone décor du paysage russe ; taupinières, sapinières, boqueteaux de pins souffreteux, bruyères, troncs d'arbres calcinés et autres ornements du même genre. On rencontrait des villages dont les maisons ressemblaient à des bûches empilées, alignées au cordeau, et en forme d'essuie-mains brodés. Assis sur des bancs devant leurs portes, quelques moujiks en touloupes bâillaient comme à l'accoutumée. Des femmes au visage bouffi, à la robe pincée sous les seins, se penchaient aux fenêtres du premier étage ; à celles du rez-de-chaussée apparaissait un veau ou le groin d'un pourceau. Tableau bien connu. ([p. 38]
L'inachèvement du roman provoque une grande frustration ! Gogol a terminé et publié la première partie, promettant une deuxième qu'il n'a cessé de peaufiner, détruire, réécrire. Ses problèmes dépressifs, sa grande dévotion lui font adopter un ton de plus en plus moral pour les aventures de son héros. Parti d'une idée de son ami Pouchkine, il a fini par faire de ce roman l'oeuvre de sa vie. "L'histoire des Ames mortes, c'est l'histoire de mon âme."
La fin s'avère décevante. Non seulement elle est inachevée, mais on sent poindre un dénouement en forme de rédemption pour le héros. Gogol était très dévot et ses turpitudes littéraires le préoccupaient de plus en plus ; il supportait mal les critiques et condamnations morales, au point de brûler le manuscrit de la deuxième partie quelques temps avant sa mort. On peut imaginer ce qu'aurait été le roman achevé... et se féliciter d'y avoir échappé.
Voilà pourtant un roman détonant, qui mérite le détour et n'a pas connu le sort prédit par son auteur, se comparant aux autres auteurs à succès :
Un autre sort attend l'écrivain qui ose remuer l'horrible vase des bassesses où s'enlise notre vie, plonger dans l'abîme des natures froides, mesquines, vulgaires - que nous rencontrons à chaque pas au cours de notre pélerinage terrestre parfois si pénible, si amer, - et d'un burin impitoyable met en relief ce que nos yeux indifférents se refusent à voir ! Il ne connaître pas les applaudissements populaires, les larmes de reconnaissance, les élans d'un enthousiasme unanime ; il ne suscitera nulle passion héroïque dans les coeurs de seize ans, ne subira pas la fascination de ses propres accents ; il n'évitera pas enfin le jugement de ses hypocrites et insensibles contemporains, qui traiteront ses chères créations d'écrits méprisables et extravagants, qui lui attribueront les vices de ses héros, lui dénieront tout coeur, toute âme et la flamme divine du talent. [p. 160]
Gogol me semble un auteur intéressant et complexe et je lirai certainement d'autres livres de lui.
Nicolas Gogol, Les Ames mortes, Editions gallimard, 2003,
438 pages (première édition en 1842 pour la première partie).
11 septembre 2008
La Cité des Saints et des Fous
Ce livre inclassable nous initie aux mystères de la ville d'Ambregris, baroque et pourrissante, à travers une série de textes fantaisistes et macabres. On pense à la Nouvelle-Crobuzon de Perdido Street Station, mais VanderMeer fait preuve d'un sens du délire sans comparaison possible.
Dans "Dradin, amoureux", un missionnaire au chômage quitte la jungle pour vérifer à Ambregris l'adage selon lequel l'amour frappe toujours sans crier gare (et les emmerdes, aussi). Nous faisons connaissance avec le Festival du Calmar d'eau douce, carnaval macabre dont il vaut mieux se tenir à bonne distance, et avec les Chapeaux-Gris, créatures champigniennes guère hospitalières. L'humour est corrosif, cohabitant avec l'horreur ; la plupart des histoires constituent une plongée dans l'enfer.
Un usage immodéré des notes de bas de page est fait à partir de la partie intitulée "Guide Hoegbotton de l'Ambregris des premiers temps", un concentré de loufoquerie sous l'apparence d'un essai historique tout à fait sérieux. Comment résister à ce genre de notes de bas de pages :
3. Il me faut ajouter à la note 2 que les informations les plus intéressantes seront uniquement incluses en notes de bas de page, que je m'efforcerai de multiplier au maximum. De plus, les informations évoquées en note seront plus tard développées dans le texte principal, ce qui plongera dans la confusion ceux d'entre vous ayant décidé de ne pas lire les notes de bas de page. Voilà ce qu'il en coûte de tirer un vieil historien du bueau d'enseignant derrière lequel il sommeillait pour le forcer à collaborer à la collection de guides de voyage populaires. [p. 85]
Le thème du culte du calmar à Ambregris est progressivement introduit. A priori, le choix de cet animal comme objet de vénération, d'études académiques et de thème artistique me semblait tout au plus extravagant. Au fil de la lecture, j'ai développé une véritable répulsion pour ces bestioles à tentacules. Le "calmar royal" désigne bien le calmar géant qu'on peut trouver dans les océans, des monstres de plus de dix mètres de long, pesant plusieurs tonnes et dont le seul prédateur naturel est le cachalot ! De quoi me faire passer l'envie de demander un calmar domestique pour Noël. Nous avons donc trente pages de bibliographie concluant la monographie "Le Calmar royal", à ne surtout pas survoler distraitement, au risque de manquer de telles perles :
Rouch, Alain : Messe de chambre pour le Nautilus & Requiem pour le Calmar fantôme blanc : deux partitions liturgiques d'après les modes norien et stangien, Publications Musicales Caille.
(Rien dans le monde ne procure une joie aussi complète que l'écoute du Requiem pour le Calmar fantôme blanc [basé sur le classique de Platerni]. Il est encore plus sublime si on l'écoute au phonographe tout en se détendant sans un petit bassin.)
Rougefouge, Catherine : L'Etrange mais Véridique Histoire de Malfour Blissbane et de son calmar de la peur, Tournefrancq & Obsen.
(Histoires sensationnalistes pour adolescents et adultes impressionnables.)
Rougefouge, Catherine : L'Etrange Histoire de Ronald Busbataye et de ses Sept Calmars de la Mort, Tournefrancq & Obsen.
Rougefouge, Catherine : L'Histoire encore plus étrange de Barlet Gangrène et ses trois Calmars du Destin, Tournefrancq & Obsen.
Rowan, Yann : "Le Calmar comme autre : approche transgressive des dualités hégémoniques", Journal d'herméneutique aquatique, vol. 34, n°1.
Rowan, Yann : "Tentaculon : une approche de la communication homme-calmar", Journal des Etudes sur les Calmars, vol. 52, n°3.
Ruch Alain : Le Calmarologue amateur face au houblon, Editions Tornelain. [p. 70-71]
L'auteur se mettra lui-même en scène dans une petite histoire fantastique sur un auteur dément, poursuivi par sa propre création. Les nombreux personnages d'artistes et d'écrivains lui permettent de régler ses comptes avec le monde littéraire. Enfin, dans les pages finales, que j'apprécie beaucoup, il fait une véritable déclaration d'amour aux polices de caractères utilisées dans l'ouvrage, excepté pour Times New Roman, qui "mêle l'atmosphère grossière d'un bifteck coriace à la structure d'une pomme de terre, son bouquet minéral se combinant à une texture moelleuse", et pour "Machine à écrire de maman", "une police revêche à l'ambiance empreinte de réprimande caustique". Davantage que pour l'histoire, qui reste assez obscure, tout en reprenant des thèmes très classiques du fantastique, c'est pour ce genre de petits détails que je me suis enthousiasmée. Le roman parvient à rendre palpable un monde imaginaire, à travers des commentaires burlesques sur des oeuvres fantaisistes.
Jeff VanderMeer, La Cité des Saints et des Fous,
Calmann-Lévy, 2006, 238 pages et environ
300 d'annexes (City of Saint and Madmen, 2002).
01 septembre 2008
Miss Marjoribanks
Lettre O du Challenge ABC 2008
A la mort de sa mère, Lucilla Marjoribanks est, naturellement, éplorée, mais elle entrevoit surtout la possibilité d'accomplir sa plus grande ambition, devenir une personnalité incontournable de Carlingford. Renvoyée sans ménagement en pension par un père peu sentimental, elle devra attendre l'âge de 19 ans pour faire son entrée triomphale. Elle compte beaucoup sur la couleur verte de ses rideaux, tellement bien assortie à son teint, pour assurer le succès de sa première soirée.
Lucilla n'est pas une héroïne littéraire comme les autres. Grande, bien bâtie, sûre d'elle, manipulatrice et compatissante à la fois, elle a décidé d'investir la sphère publique et de ne pas se marier avant 29 ans, afin d'être un "réconfort pour son cher papa" (qui s'en fout complètement). Difficile de cerner le personnage à travers ses nombreuses déclarations candides, trop franches, qu'on a du mal à prendre pour argent comptant. Car enfin, Lucilla est le meilleur parti de la région et se voit souffler tous les maris potentiels par la première mijaurée qui passe, et ce, en gardant son teint et son appétit et en assurant à qui veut l'entendre qu'heureusement, ses sentiments n'avaient pas eu le temps de se développer !
Margaret Oliphant, écrivaine victorienne prolifique et très célèbre en son temps, a écrit ses "Chronicles of Carlingford" à l'image des "Chronicles of Barsetshire" d'Anthony Trollope. Chaque roman se concentre sur une intrigue particulière, mais des allusions aux autres histoires sont régulièrement faites. Véritable hymne au confort bourgeois, ce roman est particulièrement drôle, ironique, impitoyable avec les personnages, notamment dans la troisième partie, qui accomplit ce fameux bond de dix ans planifié par Lucilla. L'image des femmes est ambiguë. La personnalité phénoménale de Lucilla est bien mise en avant mais l'autrice ne ménage aucune pique laissant supposer qu'elle agit surtout à l'instinct. Par exemple, lors de la campagne électorale de la troisième partie, Lucilla claironne qu'elle n'y connaît rien aux partis politiques mais qu'elle soutient "l'homme qu'il faut" pour Carlingford, et emploie alors toute son énergie à confectionner des rubans portant ses couleurs. Un bon exemple de l'imbrication du public et du privé chez ce personnage, qui frôle toujours le ridicule tout en parvenant à imposer ses opinions à toute la communauté.
J'ai passé un bon moment avec ce roman, au point d'envisager lire l'intégralité des Chronique un jour. L'oeuvre d'Oliphant n'a cependant pas été traduite en français, les éditions anglaises sont difficiles à trouver et mêmes les sites de livres électroniques sont à la traîne. Je donne donc ma priorité à Trollope, qui devrait m'occuper un moment !
Margaret Oliphant, Miss Marjoribanks, Penguin
Books, 1998, 497 pages (première édition en 1866).
15 juin 2008
Lisane, la magicienne sans nom
Déesse vivante de Mennenkaltenei, future llerKalten, sang de la terre, verbe et oracle de la planète entière, Lisane est en bien mauvaise posture. Elle a fui la captivité des Envahisseurs qui ont décimé son monde, pour atterrir sur une planète étrangère, où elle erre dans la forêt en se nourrissant de rats. Quelle déchéance, après le glorieux destin auquel on l'a préparée depuis son enfance !
Capturée par un mage séduisant, elle est présentée au roi Kaihan, qui accepte qu'elle suive la formation habituelle des apprentis magiciens, malgré son mauvais caractère et le fait gênant qu'elle soit une femme. Entourée d'adolescents mal mouchés, Lisane doit faire ses preuves dans un monde qui ne correspond en rien à ses valeurs. Pour elle, Ller, appelée plus prosaïquement "magie" dans son nouveau foyer, est une force sacré qu'on doit utiliser à bon escient, en aucun cas pour allumer un feu ou assassiner un ennemi. Comme tout magicien ayant réussi son examen, elle est bientôt envoyée dans la quête de la Bête, encombrée de compagnons de voyage exaspérants, l'un psychopathe et l'autre très appétissant.
Ces imbéciles de mages, avec leur mesquinerie, leur étroitesse d'esprit et leur perversion sexuelle galopante qui gaspillaient leur maîtrise de la Force en de vulgaires combinaisons magiques, ces misogynes putrides, imbus d'eux-mêmes, aux âmes de serpents ratatinés, n'imaginaient même pas qui leur sale Bestiole était en train d'ignorer. Mon destin était dans la grandeur ou la mort, mais l'Univers entier s'obstinait à me mettre des bâtons dans les roues. Ayant honnêtement rejeté le blâme de mes désertions, de mes errances et de mes faiblesses sur quelqu'un d'autre, je m'employais à développer et à alimenter une haine absolue à l'encontre de tous les hommes dotés de la Force du monde, en particulier Kaihan. Je passai une demi-heure exaltante à imaginer une formule capable de leur coller l'anus en même temps qu'une diarrhée foudroyante. [p. 141]
Parmi les points positifs de ce petit roman, je retiendrai l'héroïne drôle, rebelle et sexy, le nombre limité de personnages, la joyeuse dépravation qui règne entre eux. La légèreté du scénario est rattrapée par l'ironie mordante de la narratrice. C'est une histoire classique en fantasy d'enseignement magique suivi d'une quête, le décalage par rapport aux autres livres résidant dans le détachement de l'héroïne, son côté trash revendiqué. La fin est tirée par les cheveux et laisse espérer de plus amples explications dans le tome suivant.
Delia M. Turner, Lisane, la magicienne sans nom,
Editions J'ai lu, 2002, 222 pages (Nameless Magery, 1998).
22 avril 2008
Ni d'Eve ni d'Adam
Amélie Nothomb revient sur la période qu'elle a passée au Japon, au début des années 1990, déjà racontée dans Stupeur et tremblements. Cette fois, elle raconte le versant privé de ce séjour, où elle a fréquenté un jeune homme répondant au doux nom de Rinri.
Le livre regorge, on s'en doute, de passages burlesques sur le décalage culturel entre les deux amoureux. Tout le comique du livre repose sur ce constat : Rinri n'est pas un Japonais comme les autres, et Amélie est belge (prétexte à toutes les excentricités). A la recherche du pays traditionnel de sa petite enfance, la narratrice se retrouve confrontée à un jeune homme qui préfère le salami aux sushis, féru d'accessoires en tous genres, idolâtrant la blancheur de sa fiancée européenne. Cette dernière, peu portée aux envolées sentimentales, décide de prendre du bon temps en explorant les conventions de la cour telle qu'on la pratique à Tokyo.
Nous étions loin d'être les seuls amoureux, pour reprendre la terminologie d'usage, à nous promener autour du stade. J'adorais ce côté "parcours obligé" de nos tribulations : la tradition de ce pays avait mis à la disposition des couples d'un jour ou d'une vie un genre d'infrastructure afin que leur emploi du temps ne relève pas du casse-tête. Cela ressemblait à un jeu de société. Vous ressentez quelque chose pour quelqu'un ? Au lieu de réfléchir de midi à quatorze heures à la nature exacte de votre trouble, emmenez ce quelqu'un à la case une-telle de notre monopoly ou plutôt de notre monophily. Pourquoi ? Vous verrez.
Tuvéra était la meilleure philosophie. Rinri et moi n'avions aucune idée de ce que nous faisions ensemble ni d'où nous allions. Sous couleur de visiter des endroits d'un intérêt relatif, nous nous explorions l'un l'autre avec une curiosité bienveillante. La case départ du monophily nippon m'enchantait. [p. 64-65]
En dépit de ces beaux passages sur l'amour de la liberté, la légèreté revendiquée de la jeune femme, qui n'entend pas rentrer dans le carcan du mariage, le livre cède pas mal à la facilité. Amélie Nothomb écrit beaucoup de petits livres fulgurants, toujours drôles, mais dont le style est de moins en moins recherché. Tous les morceaux de bravoure, notamment dans la montagne, m'ont semblé forcés. On apprend qu'elle est bonne marcheuse et que les hauteurs la rendent dangereusement euphorique, mais ces passages restent gratuits, outrés. Irruption de termes familiers, métaphores faciles, j'ai trouvé le livre, pour tout dire, assez bâclé.
Il n'en est pas moins très plaisant à lire et constitue une pièce supplémentaire dans l'autobiographie d'Amélie Nothomb, dont les Mémoires intégrales devraient s'avérer passionnantes d'ici quelques dizaines d'années...
Amélie Nothomb, Ni d'Eve ni d'Adam, Editions Albin Michel, 2007, 245 pages.
26 mars 2008
Don Quichotte
Lettre C du Challenge ABC 2008
Quel classique plus renommé que l'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, publié en Espagne en 1605, qui allait inventer le style dit "roman picaresque" et inspirer des dizaines d'écrivains à sa suite ?
Pour autant, ce n'est pas un roman facile à lire, avec ses nombreuses histoires imbriquées. Le héros n'est guère attachant non plus. Imaginez un gentilhomme vivant dans son village, la cinquantaine, "de forte complexion, sec de corps et maigre de visage", dont le cerveau a été sérieusement dérangé par la lecture assidue de romans de chevalerie. C'est décidé, il ressuscitera l'ordre éteint des chevaliers errants, l'allure suffisamment miteuse pour hériter du surnom de "Chevalier de la Triste Figure", la folie suffisamment contagieuse pour enrôler comme écuyer le brave Sancho Pança sur la vague promesse d'un royaume (ou, à la rigueur, d'une île). Personnage ridicule, ne suscitant que la pitié, il passe son temps à se faire battre par ses maladresses.
Il faut donc savoir que le temps que notre susdit gentilhomme était oisif (qui était la plupart de l'année), il s'adonnait à lire des livres de chevalerie avec tant d'affection et de goût qu'il oublia quasi entièrement l'exercice de la chasse et même l'administration de ses biens, et passa si avant sa curiosité et folie et cela qu'il vendit plusieurs minots de terre de froment pour acheter des livres de chevalerie, et ainsi en porta à la maison autant qu'il en put trouver ; mais, d'entre tous, pas un ne lui semblait si beau que ceux que composa le fameux Felician de Silva, parce que la clarté de leur prose et leurs raisons embrouillées étaient perles à ses yeux, et plus encore quand il venait à lire ces belles paroles d'amour et cartels de défi, là où en plusieurs endroits il trouvait écrit : La raison de la déraison qui se fait à ma raison de telle sorte affaiblit ma raison qu'avec raison je me plains de votre beauté ; et aussi quand il lisait : Les beaux cieux qui de votre divinité divinement vous fortifient avec les étoiles et vous rendent méritantedu mérite que mérite votre grandeur.
Avec ces belles raisons, le pauvre chevalier perdait le jugement, et se travaillait pour les entendre et en arracher le sens des entrailles, lequel n'eût pu tirer ni entendre Aristote même, s'il fût ressuscité à ce seul effet. [p. 68]
Les passages dont on parle à chaque fois, à savoir l'attaque des moulins à vent pris pour des géants et le combat entre deux armées dans lequel se jette Don Quichotte, qui n'est que le croisement de deux troupeaux de brebis, se trouvent dans les cent premières pages. De là à dire que la plupart des gens qui en parlent avec componction ne sont en fait pas allés au-delà dans leur lecture, il n'y a qu'un pas, que je ne franchirai pas, non, ce n'est pas mon genre... Tiens, ça me rappelle Proust, dont la célèbre pâtisserie figure dans les dix premières pages et n'est qu'anecdotique au vu de la richesse des thèmes abordés par la suite.
Un humour bouffon baigne le récit, avec par exemple les allusions récurrentes à Dulcinée du Toboso, la dame de coeur que s'est choisie Don Quichotte d'après de vague souvenirs, et dont toutes les grâces semblent relever uniquement de son imagination détraquée. Sous le prétexte d'une légitime inquiétude du curé du village, voulant guérir le héros de sa folie en brûlant tous ses livres, Cervantès se livre à une critique féroce de la littérature de son époque. Le roman pastoral trouve encore grâce à ses yeux : les histoires sentimentales entre quelques jeunes couples rencontrés en chemin s'y rattachent, et Cervantès a fait sa première incursion en littérature avec la Galathée.
Difficile à résumer, le roman enchaîne les mésaventures de Don Quichotte, juché sur son cheval Rossinante, et de Sancho Pança, entrecoupées d'histoires indépendantes, telles "Le curieux impertinent". Un peu long, lourd par moments, on peut le lire pour l'imagination débridée de l'auteur, qui nous laisse parfois en chemin...
Miguel de Cervantès, Don Quichotte, Editions Gallimard,
Folio, 1988, tome 1 : 614 pages, tome 2 : 601 pages.
